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600 000 Français accros aux jeux d’argent

Plus de 600 000 Français sont accrocs aux jeux d’argent et de hasard, soit 1,3 % de la population française. La dépendance au Loto serait donc semblable à l’addiction au tabac et à l’alcool.

L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) vient de publier les résultats d’une étude réalisée en collaboration avec l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes).

Selon les résultats de cette étude, l’ouverture du marché français des jeux en ligne en juin dernier a probablement plongé de nombreux Français dans la pauvreté.

La publicité autour des grands gagnants de l’Euro Millions fait rêver. La conséquence c’est qu’un demi-million de la population est accroc aux jeux de tirage, de grattage et aux paris sportifs.

7 commentaires

  1. Gambling France :Questions /Réponses
    Alors que l’Observatoire des drogues vient de publier une étude sur l’addiction au jeu qui pose problème et avant la clause de revoyure et les propositions du sénateur Trucy qui seront connues prochainement, questions réponses sur les jeux en ligne, le jeu pathologique, excessif, compulsif, addictif….

    LE JEU N’EST PAS UNE MALADIE
    jeu pathologique/ jeu excessif/ jeu compulsif: attention aux idées reçues… et aux conflits d’intérêts
    ——-
    Jean-Pierre Martignon-Hutin ,sociologue

    1. Les sites de paris en ligne sont-ils dangereux?

    
Pas plus que les autres jeux d’argent. Après la roulette, les machines à sous, le Rapido, les jeux de grattage, les jeux en ligne sont présentés comme les nouveaux démons de l’enfer du jeu, par la doxa du jeu pathologie maladie. En réalité le jeu et son support sont neutres. Le jeu n’est pas une maladie. Le joueur est responsable. Le joueur est un sujet social. En assimilant le jeu à une pathologie on déresponsabilise les joueurs. Sans joueur, pas de jeu. C’est le joueur qui donne sens au jeu comme l’a démontré le philosophe Jacques Henriot. Les pratiques ludiques excessives ne viennent pas du jeu lui-même ou de son support mais de la biographie, de l’histoire du joueur et de nombreux autres éléments ( socialisation ludique primaire, rapport à l’argent , croyances, culture ludique familiale…). Le joueur est un sujet social. Par contre bien entendu le jeu peut mettre en lumière, voire exacerber, des problèmes sociaux ou personnels, financiers ou conjugaux par exemple.
Le jeu donne à voir sur notre société mais il est illusoire et réducteur de traiter les problèmes sociaux en médicalisant le jeu et les pratiques ludiques de nos contemporains comme le souhaite la doxa du jeu pathologie maladie

    
2. Vous refusez de parler de joueur pathologique…

Le terme jeu problématique épistémologiquement est plus neutre et évite d’associer le jeu à une pathologie sans pour autant nier le « problème ». Lors de l’expertise Inserm on a beaucoup bataillé avec la doxa sur cette terminologie. Je conteste la doxa scientiste du jeu pathologie maladie fortement en conflit d’intérêts dans cette affaire. Les études sur le jeu excessif (souvent contradictoires) prétendent qu’il y aurait entre 1 et 3% de joueurs addicts. Comme par hasard l’Observatoire des drogues tombe dans cette fourchette, mais dans le bas de cette fourchette pour ne pas trop gêner les opérateurs et notamment la FDJ. Drôle de fourchette en réalité qui varie du simple au triple et permet toutes les manipulations. Sommes-nous ici dans la rigueur scientifique ou dans le lobbying. Plus globalement dans notre société du care ( soin mutuel), certains médicalisent des pratiques sociales et culturelles notamment quand elles sont excessives, pour donner bonne conscience aux autorités et aux opérateurs mais aussi pour faire de l’argent ( le business du jeu compulsif). Cette collusion d’intérêts est hypocrite et scandaleuse. C’est l’ensemble des causes et conséquences ( positives et négatives) du gambling qu’il faut étudier sans a-priori. C’est à l’Observatoire des jeux de faire ce travail et non à l’Observatoire des drogues.


    Plusieurs millions d’euros versés au centre de Nantes par la Française des jeux en pleine expertise Inserm, légion d’honneur accroché par Eric Woerth à Marmottan au bon moment, étude de l’Observatoire des drogues qui sort au bon moment mais n’intègre pas les jeux en ligne et accouche d’une souris ( même JF Lamour dans son dernier rapport a reconnu les lacunes de cette étude de 8 pages avant même sa publication ). Tout cela n’est pas très net. Ca sent à plein nez le conflit d’intérets, l’instrumentalisation, la manipulation. La politique des jeux de la France, le secteur économique concerné, l’intérêt général et les joueurs méritent de notre point de vue un autre traitement.

    
3. L’approche médicale pour parler du jeu et de son environnement ne convient pas?

Il manque une approche socio-antropologique, économique, historique…du gambling. Une approche pluridisciplinaire du jeu, qui est une passion humaine ancestrale, un fait social et culturel. Il y a danger à aborder ces jeux à travers la problématique de l’addiction, car une fois acceptée comme entité morbide individualisée, les jeux de hasard sont analysés comme des formes plus ou moins graves de jeu pathologique. Par ailleurs historiquement il faut savoir que le jeu pathologique est un construit social qui vient, pour la période contemporaine, du lobby des psychiatres américains et de certaines associations.

    

4. Mais vous ne pouvez pas contester qu’il y a des personnes chez qui le jeu pose problème?

On enfonce des portes ouvertes c’est une évidence que toute pratique excessive « peut » être dangereuse….. dans le jeu comme ailleurs et effectivement des sujet joueurs jouent beaucoup. Encore faudrait il définir cette excessivité. Il ne suffit pas de demander naïvement à un joueur ( à fortiori par téléphone ! ) combien il joue ( comme vient de le faire l’Observatoire des drogues à travers le baromètre santé de la DGS ) pour le savoir. Par ailleurs :
    - rien ne prouve que le jeu lui-même soit la cause originelle de cette excessivité
    - rien n’indique que l’excessivité soit forcément synonyme de pathologie.
    Par ailleurs je conteste avec d’autres chercheurs internationaux, la vision d’un joueur désocialisé, forcément seul devant sa machine à sous ou son ordinateur, pour flamber en ligne dans une posture onanistique. Dans les casinos socialités et sociabilités sont nombreuses. On peut facilement engager la conversation, faire des rencontres. Idem pour les jeux d’argent sur Internet ou de nombreux sites existent autour du poker.


    
5. Précédemment, il fallait se déplacer dans des casinos ou au café pour jouer à des jeux d’argent. Avec Internet, les tentations vont être à portée de main, directement au domicile des joueurs…

Arrêtons à nouveau d’enfoncer des portes ouvertes, permanence et proximité sont les principes d’Internet! C’est pour ça que ça marche et c’est pour ça qu’on a fait une loi sur les jeux en ligne. La légalisation des jeux en ligne va réduire la distance entre le jeu et le joueur et cela va faciliter la vie des joueurs qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas se déplacer. Bien entendu il faut faire de l’information prévention, notamment en direction des mineurs et des personnes vulnérables. Mais avant de mettre en œuvre des mesures par trop liberticides, il faut prendre le temps de faire des études sociologiques sur les pratiques ludiques des internautes et la socialisation ludique contemporaine. C’est au Comite Consultatif des jeux (CCJ) et à l’Observatoire des jeux de faire cela de manière sereine et non à l’Observatoire des drogues, qui a d’autres chats à fouetter en matière de toxicomanie et qui en outre n’a aucune compétence en matière de gambling. Pas besoin de construire une usine à gaz, comme actuellement, ou la doxa du jeu pathologie maladie et les opérateurs de jeu (notamment la Française des jeux) verrouillent en réalité le dossier pour contrôler entièrement l’information médiatique et scientifique sur le jeu. 


    6. Les casinos et opérateurs en ligne font-ils assez de prévention?

Il y a déjà pas mal de prévention, notamment dans les casinos en dur, sur les sites , mais est-ce vraiment aux opérateurs de faire de la prévention et surtout de mesurer l’impact de leur activité comme le fait actuellement la Française des jeux en finançant les études du centre du jeu excessif de Nantes et celles de Lejoyeux. Le conflit d’intérêt est grossier. Plus globalement cela vaut aussi pour l’Etat Croupier qui ne pourra pas éternellement exploiter le gambling et établir les règles en matière de responsabilité, de protection, de taux de redistribution

(TRJ) Par manque d’étude impartiale le TRJ a été dès le départ instrumentalisé par Eric Woerth vis à vis de la problématique de l’addiction et maintenant comme les jeux en ligne marchent moins que prévu, les responsables du dossier retournent leur veste et veulent augmenter le TRJ. Ce n’est pas une politique des jeux cohérente. C’est une politique courtermiste, girouette, qui favorise instrumentalisation, conflit d’intérets, lobbying. Il faut développer la recherche sur le jeu en France et ce n’est pas à L’observatoire des drogues de le faire et encore moins à la FDJ via le centre du jeu excessif de Nantes avec la caution scientifique de Marmottan. Ce n’est pas à ceux qui veulent soigner les joueurs, former des thérapeutes spécialisés, de mesurer le jeu problématique. Ils sont forcément en conflit d’interets et n’ont pas du tout intérêt en réalité à ce que le jeu excessif disparaisse, bien au contraire. C’est le principe même de l’usine à gaz. Certes les opérateurs – et notamment la FDJ – croit contrôler la situation. Un jour ils s’en mordront les doigts. Attention à l’effet boomerang.

    7. Que préconisez-vous alors pour limiter les risques?

Il faut les mesurer avant de les limiter. Par ailleurs il faut favoriser la concurrence et développer un consumérisme ludique. Je préconise la création d’une autorité de régulation unique et indépendante ( qui intégrerait l’Arjel) , à l’image de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Il faut éviter les doublons , travailler conjointement sur les jeux en ligne et les jeux en dur. Pour l’aspect recherche/expertise il faut faire fonctionner l’observatoire au service de cette autorité. Actuellement ce n’est qu’une commission dominée en outre par la doxa du jeu pathologie maladie et certaines associations familiales. C’est pas sérieux. La doxa du jeu pathologie maladie et la FDJ font tout en réalité pour qu’un véritable Observatoire des jeux d’argent scientifique ne soit pas installé, cela bousculerait leurs petits arrangements entre amis et leur business respectif. La clause de revoyure doit être l’occasion de faire évoluer la situation dans un sens favorable à l’intérêt général.

    © 
JP Martignoni-Hutin , Lyon (France), 179, septembre 2011

  2. Gambling France

    JEUX DE HASARD ET D’ARGENT : comprendre, prévenir, soigner

    Alors que l’Observatoire des drogues vient de publier une étude sur l’addiction au jeu qui pose problème sur de nombreux aspects ( scientifique, épistémologique, méthodologique…) et avant la clause de revoyure et les propositions du sénateur Trucy qui seront connues très prochainement et qui ne manqueront d’aborder la question du jeu responsable et ces différents objets ( taux de redistribution, information,prévention, fiscalité des jeux, recherche sur le jeu, conflit d’interets….) nous voudrions signaler un intéressant ouvrage sur ces problématiques.
    « Jeux de hasard, jeux d’argent : comprendre, prévenir, soigner » (Paris, L’Harmattan, Questions Contemporaines, septembre 2011, 133 pages, 13,5 euros)
    Très pertinent ce petit livre( issu d’un colloque organisé par l’association Le Pelican de Chambéry) n’hésite pas à réinterroger la notion de jeu excessif, à questionner la doxa du jeu pathologie maladie, à interpeller la Française des jeux et les opérateurs, tout en apportant des témoignages et des expériences utiles au débat.

    Jean-Pierre G. Martignon-Hutin ,sociologue, 180, septembre 2011

    Pour se procurer ce livre =
    Michel BOULANGER
    diffusion.harmattan@wanadoo.fr

  3. GAMBLING France : CONFLIT D’INTERETS

    DU PLAISIR D’ETUDIER LE JEU PATHOLOGIQUE …..AU PLAISIR DU BUSINESS DU JEU COMPULSIF

    (Française des jeux, doxa du jeu pathologie maladie : le dessous des cartes)

    Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)

    La Française des jeux finance ses ennemis, les anti-jeu de la doxa du jeu pathologie maladie – notamment le centre du jeu excessif de Nantes (CRJE) dirigé par JL Vénisse – pour mieux les contrôler, mais dans le même temps se lance dans une course effrénée à la croissance jamais vue depuis sa création. La politique éthique mise en œuvre par Christophe Blanchard Dignac (PDG de la Française des jeux) a donc pour conséquence en réalité – sous couvert d’une lutte contre le jeu excessif et le jeu de mineur – de produire plus de jeu. Habile stratège – mais certains pourraient considérer cela comme de la duplicité – le patron de la FDJ a profité du débat sur le jeu pathologique, de l’inquiétude des pouvoirs publics en matière de santé publique, de la loi sur les jeux en ligne, non pour mettre la pédale douce en matière de développement mais au contraire pour accélérer fortement sa croissance par une incitation au jeu accrue. En final la politique jeu responsable mis en œuvre par la Française des jeux va produire du jeu excessif. Les meilleures preuves de cette démonstration se situent dans les résultats de l’opérateur historique des loteries. En pleine crise économique il surperforme (+5,5 % en 2010) en dépassant pour la première fois la barre symbolique des 10 milliards. L’incitation au jeu est tel que la FDJ est même parfois – en fonction du calendrier politique – « gênée par son succès » comme l’a précisé France-Soir.

    Pour allumer des contre feux vis-à-vis de cette incitation au jeu accrue, la FDJ pousse le bouchon de plus en plus loin dans le domaine du jeu responsable. La société dirigée par Christophe Blanchard Dignac a l’audace – ils se croient tout permis et ils se permettent tout – de lancer en juin 2011 « une campagne nationale contre l’addiction au jeu » Au même moment comme par hasard, Jean Luc Vénisse financé à hauteur de 2 millions d’euros par la FDJ (le site du CRJE est très discret sur ce financement) associé aux addictologues M. Reynaud et A . Belkacem sortent un fascicule : « Du plaisir du jeu au jeu pathologique, 100 questions pour mieux gérer la maladie» Et Michel Reynaud d’affirmer dans France-Soir du 6 juin 2011, après sans doute plusieurs mois d’études de terrain et d’études comparatives, que « de tous les opérateurs la Française des jeux est celui qui en fait le plus pour le contrôle et la prévention du jeu excessif. » La boucle est bouclée. La collusion d’intérêts marche à fond pour les deux parties. Plus c’est gros, plus ça marche. En cherchant bien on apprend que ce livre est publié et distribué via un mécénat …de la Française des jeux. La plupart des médias n’ont pas repris ce détail.

    Comme le Centre du jeu excessif de Nantes a beaucoup d’argent, il faut bien qu’il le dépense. Il a lancé un enquête pour passer les « joueurs compulsifs à la loupe « . Marc Valleur, qui fait pourtant parti de l’Observatoire des jeux, participe à cette étude financée par la FDJ. Curieusement le CRJE semblent avoir du mal a recruté des joueurs compulsifs alors qu’ils affirment par ailleurs (dans une belle fourchette scientifique qui ressemble à un râteau) qu’il y aurait entre « 600 OOO et 1,8 million de joueurs pathologiques ! » Nous aurons l’occasion de revenir sur cette étude qui se déroule sur 5 ans. Mais en attendant nous invitons le lecteur à prendre connaissance des conditions méthodologiques fixées par le CRJE de Nantes : « Le CRJE recherche des joueurs à Paris et Colombes. Les conditions : avoir entre 18 et 65 ans, jouer au moins une fois par an, avoir joué l’année écoulée et … (la ça devient cocasse NDLR) « avoir l’impression de perdre le contrôle sur la pratique du jeu » Comme il n’est pas certain que ce protocole très scientifique attire les joueurs le CRJE ajoute : « La participation a l’étude est indemnisée »

    © JP G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 181. Septembre 2011

  4. GAMBLING INTERNATIONAL

    Le Québec vient d’installer une Chaire de recherche sur le jeu responsable :

    Recherches sur le jeu, jeu pathologique, Observatoire des jeux…quelques mots sur la situation en France et au Québec

    Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)

    En France depuis quelques années, la Française Des Jeux (FDJ) finance ses « ennemis » – les anti-jeu de la doxa du jeu pathologie maladie – notamment le centre du jeu excessif de Nantes (CRJE) dirigé par JL Vénisse – pour mieux les contrôler. Dans le même temps l’opérateur historique se lance dans une course effrénée à la croissance, jamais vue depuis sa création. Sous couvert d’une lutte contre le jeu excessif et le jeu de mineur, la « politique éthique » mise en œuvre par Christophe Blanchard Dignac (PDG de la Française des jeux) a donc pour conséquence en réalité de produire plus de jeu. Habile stratège – mais certains pourraient considérer cela comme de la duplicité – le patron de la FDJ a profité du débat sur le jeu pathologique, de l’inquiétude des pouvoirs publics en matière de santé publique, de la loi sur les jeux en ligne – autorisés en France depuis mai 2010 – non pour mettre la pédale douce en matière de développement, mais au contraire pour accélérer fortement son volume d’affaire par une incitation au jeu accrue. Si l’on est y regarde bien – et c’est le rôle du sociologue de le faire – la duperie est totale, car en final la politique de jeu responsable mis en œuvre par la Française des jeux va produire du jeu excessif. Les meilleures preuves de cette démonstration se situent dans les résultats de l’opérateur. En pleine crise économique il surperforme (+5,5 % en 2010) en dépassant pour la première fois les 10 milliards d’euros. L’incitation au jeu est telle que la FDJ est même parfois – en fonction du calendrier politique et du calendrier de la politique des jeux – « gênée par son succès ». L’expression est du quotidien France-Soir qui d’après des sources internes à la FDJ pense que la barre symbolique des 10 milliards aurait été atteinte en 2009 et non en 2010.

    Pour allumer des contre feux vis-à-vis de cet activisme commercial & marketing, la FDJ pousse le bouchon de plus en plus loin dans le domaine du jeu responsable. La société dirigée par Christophe Blanchard Dignac a l’audace – ils se croient tout permis et ils se permettent tout – de lancer en juin 2011 « une campagne nationale contre l’addiction au jeu (1) » Au même moment comme par hasard, Jean Luc Vénisse – financé à hauteur de 2 millions d’euros par la FDJ, le site du CRJE est très discret sur ce financement – associé aux addictologues M. Reynaud et A . Belkacem sortent un fascicule : « Du plaisir du jeu au jeu pathologique, 100 questions pour mieux gérer la maladie» Et Michel Reynaud d’affirmer dans France-Soir du 6 juin 2011, après sans doute plusieurs mois d’études de terrain et d’études comparatives ( !) : « de tous les opérateurs la Française des jeux est celui qui en fait le plus pour le contrôle et la prévention du jeu excessif. » La boucle est bouclée. La collusion d’intérêts marche à fond pour les deux parties. Plus c’est gros, plus ça marche. En cherchant bien, on apprend que ce livre est publié et distribué via un mécénat de la Française des jeux, mais plupart des médias qui accueillent souvent les publicités de la FDJ n’ont pas repris ce « détail ».

    Comme le Centre de Nantes a beaucoup d’argent, il faut bien qu’il le dépense. Il a lancé un enquête pour passer les « joueurs compulsifs à la loupe (2) « . Marc Valleur ( directeur du centre Marmottan) alors qu’il est membre de l’Observatoire des jeux, participe à cette étude financée par la FDJ. Curieusement le CRJE semble avoir du mal a recruté des joueurs compulsifs, alors qu’il affirme par ailleurs – dans une belle fourchette scientifique qui ressemble à un râteau – qu’il y aurait en France entre « 600 OOO et 1,8 million de joueurs pathologiques ! » Nous aurons l’occasion de revenir sur cette étude qui se déroule sur 5 ans. Mais en attendant nous invitons les internautes du Québec et les opérateurs de jeux, à prendre connaissance des conditions méthodologiques fixées par le centre de Nantes, autoproclamé centre de Référence sur le jeu excessif : « Le CRJE recherche des joueurs à Paris et Colombes. Les conditions : avoir entre 18 et 65 ans, jouer au moins une fois par an, avoir joué l’année écoulée et « avoir l’impression de perdre le contrôle sur la pratique du jeu (3)» Mais comme il n’est pas certain que ce protocole très scientifique (sic) attire les joueurs malgré la rigueur épistémologique de cette méthodologie, le CRJE ajoute : « La participation a l’étude est indemnisée »

    Nous le constatons, malgré certaines avancées ( rapports Trucy, débats parlementaires, loi sur les jeux en ligne…), la France est tombée progressivement – comme nous l’avions annoncé il y a quelques années – dans le « syndrome québécois, c’est à dire le « syndrome Ladouceur/Loto Québec ». La différence c’est que le Québec a su sortir progressivement de ce système, avec comme point d’orgue dernièrement l’installation d’une Chaire de recherche sur le jeu responsable qui sera gérée par le Fond de recherche sur la société et la culture (FQRSC). C’est une avancée considérable. Pour avoir été plusieurs fois – gracieusement – « expert externe » pour le compte du FQRSC, nous pensons que cet organisme à toutes les qualités requises pour superviser des recherches scientifiques indépendantes sur le gambling à condition qu’il ne soit pas dominé par la doxa du jeu pathologie maladie et soit pluridisciplinaire. Pour rester sur le chemin de crête de la neutralité scientifique, c’est l’ensemble des causes et conséquences du gambling qu’il faut analyser et pas seulement la question du jeu problématique, qualifié un peu vite de jeu pathologique. Alors bien sur on peut s’interroger pour savoir – comme l’a fait dernièrement Alain Dubois dans le quotidrn Le Devoir (4) – qui finance cette chaire ? Mais l’essentiel nous semble t il c’est que cette Chaire soit indépendante scientifiquement. En France nous sommes loin pour l’instant d’une telle évolution. Certes un Observatoire des jeux a enfin été installé grâce au Sénateur Trucy après des années d’attente. Mais il est dominé par la doxa du jeu pathologique maladie, quelques associations et personnalités placées. Il ressemble plus à une Commission qu’à un Observatoire scientifique du gambling à la hauteur de ses multiples missions. Certes le sénateur Trucy rédige actuellement un ultime rapport dans le cadre de la clause de revoyure qui comportera certainement de nombreuses propositions dont certaines pourraient concernées la recherche et l’Observatoire des jeux.

    Souhaitons qu’à cette occasion la France sache s’inspirer de l’évolution de la situation en matière de recherche sur le jeu au Québec, justement pour éviter les errements qu’a connu la Nouvelle France pendant des années à cause du « système » Ladouceur/Loto Québec, qui entre parenthèse aura surtout profité à Robert Ladouceur et à la doxa du jeu pathologie maladie dans son ensemble, qu’à la Politique des jeux de ce pays. Nous avons ici un désaccord fondamental avec « l’ami Alain Dubois » (porte parole infatigable de la coalation EmJeu que nous respectons par ailleurs car il est ouvert au dialogue et surtout accepte le débat sans censure) Nous pensons qu’une véritable Politique Des Jeux responsable – réaliste et pérenne – doit défendre l’intérêt général, abandonner l’idéologie du care chère à la doxa du jeu pathologie maladie et aux anti – jeux. La sociologie du gambling que nous pratiquons depuis 20 ans au contact des joueurs et des opérateurs indique qu’une telle politique – qui ne signifie pas autorégulation – ne saurait se faire in fine contre l’industrie des jeux, contre les joueurs. Sinon à terme, un tel procès ne pourrait que réactiver l’idée de prohibition.

    © JP G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 183. Le devoir –Québec – Canada. Septembre 2011

    1. (1) « La Française des jeux lance une grande campagne contre l’addiction…à ses propres jeux » (Francesoir.fr du 6 juin 2011)
    2. (2) « Les joueurs compulsifs à la loupe « (europe1.fr du 12 juillet 2011)
    3. (3) « Avec le jeu la prudence est de mise « (20minutes.fr du 11 juillet 2011)
    4. (4) Alain Dubois, Jeux d’argent et de hasard, Une chaire ou un Observatoire des jeux ? ( Le Devoir.com , 26 septembre 2011)

  5. Gambling France : paris hippiques

    « VA COMPRENDRE CHARLES ! »(*) : Le PMU dépassera pour la première fois en 2011 la barre des 10 milliards d’enjeux, dont 1 milliard sur internet

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    Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin ( sociologue)

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    • Philippe Germond (PDG du PMU) peut se réjouir. La société qu’il dirige dépassera les 10 milliards d’euros cette année, si la tendance observée depuis 9 mois se poursuit. « Le PMU confirme au troisième trimestre la bonne croissance des paris hippiques et le succès de sa diversification » (1)
    • Il faut dire que le pari mutuel urbain – 11 200 points de vente – a considérablement augmenté son offre et pratique « un marketing offensif » comme il le précise lui-même (2) Par ailleurs le nombre de courses a augmenté : pas moins de 1044 réunions hippiques en 2011, contre 978 l’année précédente. Dans la course événement l’argent joué se répartit désormais entre 12 jeux différents : quinté, quarté, tiercé, multi, 2 sur 4, simple gagnant et placé, couplé gagnant et placé, couplé ordre, trio, trio ordre ! Faites vos jeux, rien ne va plus, ça commence à faire beaucoup. A tel point que certains tirent la sonnette d’alarme, comme Eric Hintermann, Pdt de l’association nationale des turfistes (ANT) : « le turfiste ne sait plus sur quel cheval jouer, ni sur quelle réunion miser « (3)
    • Il faut préciser également que le PMU ( deuxième opérateur mondial de paris hippiques) offre des pactoles dignes de Crésus. La cagnotte du Quinté Plus (la fameuse Tirelire) atteint actuellement 10,5 millions d’euros et augmente de 50 000 euros tous les jours. ( NB : Cette tirelire historique du PMU est tombée samedi 7 octobre, le lendemain de la rédaction de cet article). Ce cercle ludique vertueux du big win stimule les turfistes aguerris mais aussi les néophytes qui grâce à la formule Spot à 2 euros peuvent connaître les frissons du jeu, sans rien connaître au monde de cheval. Cette croissance (+7,7%) est d’autant plus spectaculaire qu’elle se réalise tous canaux confondus et que le réseau des nombreux point de vente n’est pas en reste ( +3,2%).
    • Le problème ( social, politique…) c’est que cette croissance – P. Germond parle de « vraie dynamique – se fait sur fond de crise économique accrue. Ce « jouer plus pour gagner plus » déjà exploité avec succès par Christophe Blanchard-Dignac ( PDG de la Française des jeux) risque à terme de court-circuiter le – désormais célèbre – slogan présidentielle basé sur le labeur : « travailler plus pour gagner plus ». Cette offre qui augmente sans cesse, notamment du côté des deux opérateurs historiques, peut être objectivement considérée comme une incitation au jeu accru, en contradiction avec la politique de jeu responsable prônée par ailleurs par les pouvoirs publics. La clause de revoyure et la publication prochaine du rapport Trucy doit être l’occasion de relancer le débat sur l’économie des jeux dans son ensemble pour savoir si l’offre de jeux doit être totalement libre dans une économie de marché, ou si elle doit être régulée.
    ———
    • En attendant le PMU fait ses comptes et ils sont bons, notamment en matière de jeux en ligne. « La barre du milliard d’euros est déjà dépassée » (4) . Sur 9 mois , la croissance est spectaculaire pour les paris sportifs (42%) et pour le poker (23%). Les enjeux internet tous métiers confondus ont augmenté de 52,1 %.
    • Si tout reste à faire en matière de sociologie des joueurs en ligne les statistiques de l’Arjel (5) permettent de dresser le profil sommaire des turfistes et d’apprécier le poids que représentent les courses dans les jeux d’argent sur internet.
    • En nombre de comptes/joueurs ( moins de 150 OOO) les paris hippiques arrivent en deuxième position du gambling virtuel, loin derrière le poker cependant ( plus de 300 000). Mais la moyenne hebdomadaire de dépense des turfistes (125 euros) est supérieure à celle des paris sportifs (110 euros) et à celle du poker ( 80 euros). C’est un succès pour le monde des courses et la filière cheval. La progression du nombre de comptes joueurs turfistes actifs dessine une courbe ascendante, régulière et progressive. On reconnaît là, la constance du turfiste qui, quand il s’engage dans son « travail ludique » et dans l’aventure ludique du turf ( faire son papier, spectacle des courses, parier…), le fait généralement dans la durée. Même si un plus haut semble avoir été atteint en février 2011 rien n’indique que la légère décroissance observable depuis perdurera. Habitué depuis des lustres à jouer par minitel, téléphone, télé interactive… , de nombreux turfistes ont trouvé naturellement le chemin de l’internet ludique. En outre l’offre du PMU sur les mobiles a été enrichie et est désormais disponible sur l’ensemble des terminaux, smartphones et tablettes. La montée progressive de la courbe du nombre de compte joueurs actifs paris hippiques, soulignent en final leur passion assumée pour le turf. Il suffit d’ouvrir une fois Paris Turf – qui a désormais un concurrent Geny Courses – , pour comprendre quel labyrinthe ludique elles constituent.

    • L’indicateur de supervision du régulateur permet également de dresser une « typologie sociologique sommaire » des turfistes en fonction de leurs caractéristiques ( âge, genre) et vis-à-vis des autres gamblers on line =

    ➢ La population qui joue aux paris sportifs en ligne apparaît nettement plus jeune ( 70 % ont moins de 35 ans dont 41% de 18-20 ) que celles des turfistes ( 26 % seulement ont moins de 35 ans) . ( voir tableau A ci dessous) A contrario les turfistes sont essentiellement des adultes matures (74% de 35 ans et plus) dont une population de 65 ans et plus non négligeable ( 9%) Les joueurs les plus âgés ( 55 ans et plus) qui s’adonnent au gambling sur internet, pèsent pour 27 % en matière de paris hippique, alors qu’ils relèvent de l’épiphénomène pour le poker et les paris sportifs : 4%, dont 1% seulement pour les plus de 65 ans.

    Tableau A
    Tranches d’âge Jeux de cercle, poker Paris hippiques Paris sportifs total
    18-24 25 9 41 100%
    25-34 43 17 29 100%
    35-54 28 47 26 100%
    55-64 3 18 3 100%
    65 ans et plus 1 9 1 100%
    total 100% 100% 100%

    ➢ Les paris hippiques ( y compris quand ils s’exercent via le web) semblent conserver l’image d’un jeu réservé à une population mature, à des initiés qui ont accumulé expériences, connaissances et compétences en matière de turf au cours de leur « carrière » de joueurs, et notamment les 35-54 ans. (47%) Si elle possède un revers de médaille ( les jeunes adultes sont peu attirés par les paris hippiques y compris quand ils s’exercent en ligne : 9%), cette image a l’énorme avantage d’attirer une forte population de seniors – les 55 ans et plus – qui ne semble pas effrayer par la modernité des paris hippiques sur internet, alors que cette même catégorie fuit pour l’instant d’une manière assez radicale le poker et les paris sportifs. Le fait que les populations turfistes soient plus âgées que les autres populations joueuses, ne signifie donc pas qu’elle soient rétrogrades en matière d’évolution technologique. En final les paris hippiques – un jeu qui a une longue histoire – semblent posséder une base économique, financière, culturelle, sociologique plus solide que les paris sportifs, activité ludique relativement récente qui a en outre connu de nombreux soubresauts quand la Française des jeux a commencé à les exploiter. Cette base structurelle bien ancrée dans la culture populaire, expliquerait « l’homogénéité progressive tranquille de la courbe des comptes joueurs actifs hippiques », alors que celle des paris sportifs constitue une succession de montagnes russes… qui donne mal au cœur à certains opérateurs, au point que certains ont déjà jeté l’éponge.(TF1/Eurosportbet)

    ➢ Le genre apparaît comme une variable très discriminante pour les jeux en ligne. Les jeux d’argent en ligne sont très majoritairement pratiqués par les hommes (88%) La gente féminine participe très peu pour l’instant au gambling virtuel (12 %). Elle est nettement sous représentée, par rapport au poids qu’elle occupe dans la société française (51,4%). Pour les paris hippiques même si la tendance globale est similaire (81% d’hommes) ( tableau B ci-dessous ) le « deuxième sexe » apparait largement représenté ( 19 % de femmes). Si le monde du cheval, la filière et pout tout dire le PMU – qui bataille depuis des années sur ces deux questions : âge et genre – ne semble pas avoir complètement réussi complètement à rajeunir sa clientèle, pour atteindre « l’identité d’une marque populaire transgénérationnelle » ( l’expression est de Benoit Cornu directeur de la communication du PMU (6) il semble par contre avoir réussi le pari de la féminiser davantage. Ces chiffres reflètent cette féminisation accrue, qui profite à l’ensemble des opérateurs hippiques et pas seulement au PMU. Traditionnellement associé au Bar PMU, univers masculin populaire de riches sociabilités interlopes mais aussi de fortes promiscuités longtemps enfumés et parfois alcoolisées, les paris hippiques à domicile sur internet ont visiblement attiré les femmes, davantage en tout cas que le poker et les paris sportifs virtuels.

    Tableau B

    genre homme femme total
    Jeux de cercle poker 91 9 100%
    Paris sportifs 92 8 100%
    Paris hippiques 81 19 100%

    ➢ La dernière information donnée par l’indicateur de supervision concerne « l’argent du jeu », la distribution des mises engagées . L’enseignement principal apparaît assez remarquable : 76 % des mises sont jouées par 10 % des joueurs, aussi bien pour le poker que pour les paris sportifs. Plus spectaculaire encore : 1% des joueurs génèrent 51 % des mises pour ces deux types de jeu. Même réduite à cette dichotomie primaire et binaire, l’information apparaît importante. Le marché des paris en ligne est extrêmement concentré.

    ➢ Un calcul secondaire permet de connaître la moyenne jouée « par trimestre » en prenant la base de « plus ou moins 1OO euros » pour les paris sportifs, hippiques et les tournois de poker. Deux catégories se dégagent
    • une première catégorie de joueurs composée de deux populations. Une population majoritaire( entre 61 et 70 %) qui joue moins de 1OO euros par trimestre, une deuxième non négligeable ( de 35 à 39 %) qui engage 100 euros et plus dans les paris sportifs ou dans les tournois de poker
    • une deuxième catégorie qui à l’inverse est composée d’une population de turfistes en ligne qui jouent majoritairement (54%) plus de 100 euros par trimestre

    Type de jeux Pourcentage de joueurs misant moins de 100 euros par trimestre Pourcentage de joueurs misant plus de 100 euros total
    Paris sportifs 61 39 100%
    Paris hippiques 46 54 100%
    Poker ( tournois) 65 35 100%
    ——-
    Ces quelques éléments – loin d’être exhaustifs – confirment qu’une sociologie du gambling virtuel est nécessaire. Elle informerait objectivement les différents acteurs du champ et éviterait bien des instrumentalisations. Il convient une nouvelle fois de rappeler aux pouvoirs publics que c’est à l’ARJEL et Observatoire des jeux (ODJ) de réaliser ce travail de recherche et sans doute pas à l’Observatoire de lutte contre la toxicomanie, ou à la doxa du jeu pathologie en conflits d’intérêts dans cette affaire. Charles et les 6,5 millions de turfistes ne comprendraient pas que le Pouvoir (7), qui cherche plus que jamais à se rapprocher du Peuple et à le représenter, assimile leurs passions ordinaires (8) pour le jeu – ici pour les courses – à une drogue. La profession – ici le PMU/PMH et l’ensemble du secteur et de la filière cheval – ne comprendrait pas que leur métier soit associée au cartel de Medellin et que la culture du turf soit associée à une pathologie.

    © JP Martignoni , Lyon, France, octobre 2011, 185.

    (*)Phrase célèbre d’André Pousse ( décédé en 2005) comédien qui symbolisait bien le coté populaire du monde des courses. Phrase culte prononcée par André Pousse en réponse à Guy Marchand dans une publicité pour le Pari Mutuel Urbain des années 1990. Le slogan de cette publicité était « Avec le PMU, aujourd’hui on joue comme on aime », et ces acteurs français (incarnant des parieurs chevronnés) s’étonnaient que les nouveaux joueurs gagnent, alors que ces derniers basaient leurs jeux sur le nom des chevaux, leurs dates de naissances et autres détails sans rapport avec la course. Dans la publicité télévisée, elles jouent au hasard, […], les hommes sont sur l’hippodrome et se gaussent gentiment des femmes qui jouent leur date de naissance mais gagnent néanmoins : va comprendre Charles ! — (Jean-Pierre Martignoni-Hutin, Faites vos jeux : essai sociologique sur le joueur et l’attitude ludique, L’Harmattan1993, p.159)

    Notes

    (1) « Le PMU confirme au troisième trimestre la bonne croissance des paris hippiques et le succès de sa diversification » Communiqué de presse du PMU, 5 octobre 2011, 2 pages
    (2) Communiqué de presse du PMU, 5 octobre 2011, ibidem
    (3) Isabelle Toussaint : « hippisme trop de courses tue les courses ? ( Dépêche APF du 12 mars 2011)
    (4) Christophe Palierse , Le PMU dépasse le milliard sur internet « (Les Echos du 6 octobre 2011)
    (5) « Indicateurs de supervision : données trimestrielles « ( Arjel, 11 avril 2011, 8 pages)
    (6) « Benoit Cornu, l’ouverture des paris en ligne a créé pour le PMU une opportunité de renouvellement « ( Igamingfrance.com , 20/10/2010)
    (7) À paraître en novembre dans la revue Pouvoirs : JP Martignoni :« Une sociologie du gambling contemporain » ( Pouvoirs n°139, Les jeux d’argent, novembre 2011, 51-64)
    (8) A lire ou à relire : C. Bromberger, Passions ordinaires, Bayard Editions, 1998, JP Martignoni : “Jeux, joueurs, espaces de jeu : le Course par Course du P.M.U.“ (Ethnologie Française n° 4, octobre, décembre 1992, 472-489) JP Martignoni : « Le Turfiste » (Les Cahiers de l’Imaginaire n°9, 1993, 59-90) JP Martignoni : « Jeux, joueurs, espaces de jeu : l’exemple des paris hippiques « (Migrants Formation n°96, Mars 1994, 103-116)

  6. Gambling France : Française des jeux

    CONSUMERISME LUDIQUE :

    Gagnant du Loto à 8 millions introuvable, gagnant d’Euro millions à 162 millions inconnu…au delà de l’anecdote du ticket perdu, du joueur étourdi, cette actualité pose certaines questions ( délais de forclusion, anonymat…) qui concerne un consumérisme ludique susceptible de mieux défendre l’intérêt des joueurs
    ——

    Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin ( sociologue)

    —-
    « L’affaire » des deux gagnants de la FDJ qui ne sont toujours pas venus chercher leur pactole crée le buzz. Les médias – en dur et en ligne – multiplient les titres attractifs, parfois alarmistes (1), mettent en scène un « suspens » (2) , enquêtent sur le lieu de validation, imaginent des « scénarios » (3). Les agences de presse ne sont pas en reste. (4) Elles sont obligées de rendre compte des « communiqués de presse » de la FDJ et ils sont nombreux… L’opérateur historique bénéficie là d’une publicité gratuite qui se transforme indirectement en incitation au jeu, que certains observateurs pourraient critiquer ou juger indécente, dans le cadre de la politique de jeu responsable et raisonnable voulue par les pouvoirs publics. Souhaitons que la société, dirigée par Christophe Blanchard Dignac, n’instrumentalise pas trop les médias dans cette affaire, par exemple en jouant la montre, en maintenant artificiellement le suspens, en ne donnant pas toute l’information qu’elle détient, notamment pour le gros gagnant d’Euro millions à 162 « briques ». L’opérateur public qui a le monopole des loteries et des jeux de grattage n’a pas dit qu’il ne connaissait pas le joueur du Calvados, il a précisé à l’AFP « qu’il n’avait aucune information à communiquer à ce stade « (5)

    L’affaire fourmille déjà d’anecdotes qui vont renforcer les croyances des joueurs, tant il est vrai que Dieu n’est jamais très loin (6) quand il s’agit de jeu, quand il s’agit de donner ou de reprendre un argent qui tombe du Ciel. « L’inconnu du Calvados » – le gagnant d’Euro millions – a gagné le 13 septembre, celui du loto un 13 aout. Il a misé 2 euros dans une ville de Haute Loire : la Chaise Dieu.

    Le gros gagnant d’Euro millions, classé directement à la 250 ° place des plus grosses fortunes française par le magazine Challenges, est sans doute connu de la FDJ mais organise son anonymat pour gérer sa nouvelle vie. Nouvelle naissance sociale pas toujours facile à assumer – voir certains de nos travaux confirmés par ceux de MM Piçon Charlot ( 7 ) – même si il ne faut pas sur-interpêter l’idéologie moralico-religieuse – symbolisé par la maxime populaire : l’argent ne fait pas le bonheur, tout à la fois morale d’objectivation des pauvres et morale de repentance des riches – car par ailleurs le bon sens sait aussi « qu’il y contribue fortement ».

    Pour l’autre inconnu , celui à 8 millions , les raisons sont sans doute plus terre à terre . Il s’agit :
    ➢ Soit d’un bulletin, perdu, égaré, d’un joueur étourdi, étranger, en vacances… ensemble qui indique de manière ambivalente que tous les joueurs ne tombent dans la fétichisation de leurs tickets de jeu ou a contrario qu’ils les cachent tellement bien qu’ils finissent par les perdre. L’affaire n’est pas si rare, depuis 1991 pas moins de 20 lots supérieurs à 1 million n’ont pas été réclamés. Quant à la totalité des tickets gagnants – petits ou grands – perdus dans la nature ou qui sont jamais arrivés à l’encaissement, la FDJ en connaît le nombre et le montant et les chiffres doivent être impressionnants ( d’ou l’idée de mettre fin à l’anonymat dans le cadre d’un consumérisme bien pensé, voir ci après)
    ➢ Soit d’un joueur qui connaît très bien le règlement. Le gagnant a 60 jours pour se faire connaître et peut très bien venir le dernier jour pour empocher le magot. Brigitte Roth, responsable du service « grands gagnants » à la FDJ, signale qu’un joueur procédait ainsi pour croire jusqu’au bout qu’il avait peut être gagné.

    Au delà de l’aspect anecdotique, cette affaire pose certaines questions à l’opérateur historique – par exemple celui de savoir pourquoi il a tant attendu avant de lancer au dernier moment un avis de recherche sous forme de communiqué et d’affiche : « Urgent : cherche gagnant auvergnat du Loto à 8 millions d’euros, merci se faire connaître impérativement avant mercredi minuit. » ( dépêche AFP du 11 octobre 2011) .

    Mais deux autres questions plus fondamentales peuvent être soulevées, elles concernent un consumérisme ludique – inexistant en France pour l’instant et donc qui reste à construire – susceptible de mieux informer et de mieux défendre les intérêts des joueurs, en l’occurrence ici des joueurs gagnants. Il ne s’agit pas de critiquer l’opérateur historique mais de voir si les choses pourraient être organisées autrement dans le cadre d’une politique des jeux consumériste, raisonnable et responsable.

    1. Le délais de forclusion des bulletins gagnants. A la FDJ il est de 60 jours. Pourquoi deux mois et pas 6 ou 12 , a contrario pourquoi pas 15 jours, une semaine ? Mystère et boule de gomme. Cette réglementation n’est pas inscrite dans le marbre, elle peut évoluer. Favorable à l’opérateur dans sa gestion, elle n’apparait guère intéressante pour les gagnants étourdis ou ceux qui ne connaissent pas le règlement. Alors que l’ensemble des tickets et lots sont dument répertoriés et informatisés, on ne voit pas pourquoi une telle date de péremption. Un bulletin gagnant c’est du quasi argent. Comme l’argent il devrait donc pouvoir avoir une vie plus longue… voire illimitée.

    2. L’anonymat. Certes – et c’est vrai – la FDJ assure l’anonymat des gagnants, s’ils le souhaitent vraiment. Ceci dit l’opérateur distille souvent pas mal d’information sur l’endroit, la date, le montant joué etc…. Mais si l’anonymat a des vertus pour le joueur quand il gagne un pactole, encore faut il qu’il sache s’il a gagné et qu’il n’ait pas perdu son ticket. Le revers de médaille de l’anonymat c’est que si le joueur est étourdi, il peut s’ouvrir les veines. La également on peut imaginer une évolution de la réglementation qui rendrait possible une sortie « volontaire » de l’anonymat quand le joueur le décide de « manière pérenne ». Joueurs étourdis, occasionnels qui ne suivent pas les tirages, vacanciers, étrangers, mais aussi personnes âgées pourraient être intéressés par cette traçabilité qui leur permettrait – quoiqu’il arrive – de toucher leur gain petit ou grand. Cette perspective de transparence peut intéresser un grand nombre de joueurs et doit donc être évaluée. Alors certes, Fortuna caeca est – comme le dit la formule latine la fortune est aveugle – mais il sera bon sans doute qu’elle perde sa cécité quand il s’agit d’aider un gagnant à percevoir son gain.

    Assurément la loi sur les jeux en ligne de mai 2010 a mis en place un certain nombre d’organismes ( Comite Consultatif , Observatoire des jeux, commissions, Arjel…) susceptibles de travailler ces questions – et de nombreux autres dossiers – pour ensuite proposer une évolution de la réglementation et des règles du jeu, favorable à un consumérisme ludique qui défende les intérêts des joueurs, leur facilite la vie. Le marché des jeux va certainement à l’avenir continuer à s’ouvrir à la concurrence. L’auto régulation fixé par un seul opérateur national n’est plus de mise. En harmonie avec la volonté de l’Union Européenne, une saine politique des jeux nationale doit définir de nouvelles règles communes à tous les opérateurs – historiques et nouveaux entrants – qui défendent l’intérêt général, l’intérêt des joueurs et pas seulement celui des opérateurs. Les jeux en dur sont autant concernés que les jeux virtuels. A force de mettre en avant la protection des joueurs ( politique de jeu responsable) qui aboutit parfois à une stigmatisation (joueur drogué ou malade) et à une instrumentalisation du jeu pathologie maladie par la doxa , on a fini par oublier que si les joueurs ont des devoirs – payer, ne pas tricher, jouer avec responsabilité – ils ont aussi des droits et notamment celui d’encaisser.

    Flash dernière : Le 13 octobre – lendemain de la publication de cette article – le gagnant d’Euro millions était connu, déclenchant dépêche d’agence et nouveau buzz médiatique : pas moins de 230 entrées google/médias pour saluer « l’évènement ». (9) Comme nous l’anticipions l’heureux élu de la chance a semble t il appliqué la sage maxime populaire : pour vivre heureux vivons caché, qui explique pourquoi il a tardé à se faire connaître. Maligne, la FDJ a arrangé l’affaire en communiquant l’information un 13. Certains observateurs considèreront que c’est de bonne guerre…marketing, d’autres qu’elle exploite et renforce croyances et superstitions de nos concitoyens. Quant au gagnant inconnu du Loto à 8 millions il a désormais perdu car il ne s’est pas fait connaître avant les 60 jours. Certes la FDJ , c’est tout à son honneur, ne va pas se mettre l’argent dans la poche , le pactole sera remis en jeu en 2012 dans « la cagnotte de l’inconnu » mais la question de la mise en place d’un consumérisme ludique pour mieux défendre les intérêts des joueurs reste toujours d’actualité. A suivre.

    © JP Martignoni , Lyon, France, octobre 2011, 186bis.

    Notes
    (1) Loto : Où sont les gagnants ?France Soir – Loto : 8 millions d’euros cherchent propriétaire Metro France – Loto : Pour qui les 8 millions d’euros ?France 2 – La Française des Jeux lance un appel au gagnant auvergnat du Loto …Libération – ‎11 oct. 2011‎Loto: Le gagnant d’une cagnotte de huit millions d’euros a jusqu’à …20minutes.fr Avis de recherche : la Française des Jeux recherche un inconnu qui …AggloTV – Huit millions d’euros gagnés en Haute-Loire il y a deux mois et …La Montagne Loto : où est le gagnant des 8 millions ?Zoomdici. Loto : mais que fait l’heureux gagnant des 8 millions d’euros ?Entreprise-Saint-Etienne.com – Dans 48 heures, le gagnant du Loto en Haute-Loire aura perdu 8 …Le Progrès 8 millions d’euros recherchent gagnant désespérément Linkktv Toujours à la recherche du gagnant…Haute-Loire Infos -Le mystère règne toujours sur les 162 millions du CalvadosLe Progrès etc…
    (2) « Le suspens est à son comble , le gagnant qui a trouvé la bonne combinaison du loto le 13 aout 2011 n’a toujours pas donné signe de vie « précise TF1 news sur son site Lci/TF1 du 12 octobre : « Qui a mise 2 euros et gagné 8 millions d’euros au loto ? »
    (3) « Un ticket , trois scénarios possibles « , Le Parisien.fr du 8 octobre
    (4) « Euromillions : le gagnant aux 162 millions d’euros toujours pas connu »message AFP du 6 octobre 2011
    (5) message AFP ibidem
    (6) « Jouer c’est interroger Dieu « , dans le cadre d’un dossier sur les jeux d’argent : « L’Etat perd le monopole des jeux : qui va gagner des milliards ? »(Lyon Capitale , n° 676, mars 2009, 18-39)
    (7) Martignoni, J.-P. (1993). “ Faites vos jeux : essai sociologique sur le joueur et l’attitude ludique “( Paris, L’Harmattan, novembre 1993, collection Logiques Sociales, 283 p.) Martignoni, J.-P. “Madame Loto : analyse de la correspondance des joueurs de loto “ (L’Homme et la Société : Revue Internationale de Recherches et de Synthèses en Sciences Sociales, n°109, Juillet Septembre 1993/3, 93-104.) Martignoni, J.-P.  » L’aventure ludique » (Society and Leisure / Loisir & Société , vol 17, numéro 1, 1994, 125-141 ) (Presse de l’Université du Québec, numéro portant sur : Le Jeu : Miroir de la société = Play : a reflection of Society) » Martignoni, J.-P. Le jeu un moyen de faire de l’argent et une manière de faire avec l’existence  » (Les Cahiers Espaces n°38, Casinos & Tourisme, octobre 1994,136-144 )M. Pinçon & M. Pinçon Charlot, les millionnaires de la chance ( Payot & Rivages, 2010)
    (8) Euromillions : Le gagnant des 162 millions d’euros est enfin connu, France Soir – Et vous, que feriez-vous avec 162 millions d euros ?, RMC.fr – , EuroMillions : le gagnant a reçu 162 millions €BFMTV – , Euromillions : il a réclamé ses 162 millions au dernier moment, LeVif.be , Le gagnant a empoché ses 162 millions d’euros, France 2 – ‎ , Un pactole gros comme le Ritz: le gagnant de l’Euro Millions prêt …, AFP , L’un perd 8 millions au Loto, l’autre empoche 162 à l’Euro Millions, Metro France – , Euro Millions: le gagnant des 162 millions a touché son chèque, Libération , Euro Millions: le gagnant aux 162 millions d’euros s’est fait …Ouest-France
    L

  7. LES TROIS PARADOXES DE LA POLITIQUE DES JEUX FRANCAISE

    Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin ( sociologue)

    —-

    Sauf quand tombe un pactole de 162 millions (Euro Millions), une tirelire à 10 ( Quinté+), que la Française Des Jeux cherche un joueur étourdi qui a oublié de venir retirer un gain de 8 millions (Loto) ou qu’un casse vide les caisses d’un casino, les jeux de hasard font rarement la Une de l’actualité des grands médias. Il faut dire que ce secteur sensible – le gambling – n’a rien de stratégique, même s’il pèse d’un poids certain au niveau économique, fiscal, sociologique. La clause de revoyure de la loi sur les jeux en ligne, qui arrive à échéance le 13 novembre, doit être l’occasion pour le gouvernement de faire le point sur sa Politique Des Jeux, et doit permettre aux autre acteurs du champ de débattre sur les multiples enjeux de cette politique, comme le fera la prochaine livraison de la revue Pouvoirs (1)

    Comme l’ont précisé différents rapports récents (2) – et notamment celui du Sénateur François Trucy (3) – il s’agissait davantage par cette législation, de réguler une activité illégale existante, que de libéraliser de manière sauvage la totalité du marché ludique. C’est désormais chose faite. Les joueurs internautes peuvent maintenant – dans la légalité – jouer au poker en ligne, parier sur les courses hippiques ou de nombreux sports, tout en étant « presque » certains de ne pas se faire duper sur des sites mafieux. L’affaire Full Tilt Poker – une salle de poker en ligne accusée par la justice Américaine d’être une chaîne de Ponzi – indique en effet que la surveillance des opérateurs virtuels ne constitue pas une mesure liberticide, mais favorise au contraire le gambling virtuel, tout en défendant les intérêts des joueurs pour éviter qu’ils ne se fassent pigeonner.

    La « modernisation » de la Politique Des Jeux de la France, inaugurée par Nicolas Sarkozy avec les casinos quand il était Ministre de l’intérieur et qui a abouti à cette fameuse loi du 12 mai 2010, apparait donc un succès, quoiqu’en disent ses détracteurs. L’accusation des « amis du Fouquet’s » – vs jeux d’argent – a fait long feu. Si certains « amis du Président » ont « profité » de cette loi dite « d’ouverture maitrisée à la concurrence », les deux opérateurs historiques (FDJ et PMU) sont loin d’avoir été lésés, bien au contraire. C’est en réalité de manière certaine ( et le dernier rapport du Ministre du Budget en témoigne fortement ) (6) un double intérêt national – public et privé – et la volonté de se mettre à jour vis-à-vis des directives et injonctions européennes, qui ont prévalu dans les choix gouvernementaux, après de nombreux arbitrages, un gros travail parlementaire et sénatorial, ensemble qui souligne que la France n’est pas une République Des Jeux… bananière.

    Néanmoins, pour passer d’une politique d’intérêt national – qui peut paraître protectionniste et contradictoire à certains égards – à une politique d’intérêt général, trois paradoxes devront un jour ou l’autre être levés. Cette rupture permettra d’aboutir à une Politique des jeux « pacifiée » qui, sans oublier son devoir de responsabilité, soit ambitieuse et n’ait pas peur de son ombre.

    ➢ Le premier paradoxe c’est celui bien connu d’Etat Croupier. Chacun le reconnaît le gambling qui traîne une symbolique sulfureuse ancienne liée à son histoire, doit être contrôlé, surveillé, réglementé pour éviter toute tricherie et de nombreux autres dérives ( blanchiment…). C’est ce que fait l’Arjel pour les jeux en ligne, la Police des jeux pour les casinos et les courses… Le problème quand l’Etat est croupier c’est, d’une part que la réglementation peut être perçu comme de l’auto régulation, d’autre part que les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. L’autorité publique peut avoir tendance à privilégier l’opérateur dont il est l’actionnaire majoritaire. L’opérateur historique de son coté va avoir tendance à faire comme bon lui semble. Par ailleurs, plusieurs autres volets de la politique des jeux vont avoir du mal à être mise en place de manière cohérente et crédible, à cause de cette double casquette portée par l’Etat.

    ➢ C’est le cas par exemple de la politique de jeu responsable qui entraîne un deuxième paradoxe. Dans le cadre du projet de loi sur les jeux en ligne, les pouvoirs publics ont fortement accentué leur politique de jeu responsable (information/ prévention, numéro vert, lutte contre le jeu excessif, le jeu des mineurs, les interdits de jeu….) Soucieux de santé publique, et afin de répondre aux attentes européennes de protection des joueurs, ce concept de jeu éthique a néanmoins été fortement instrumentalisé par certains professionnels de l’addiction – en conflits d’intérêts dans cette affaire – qui constituent une doxa scientiste fortement contestable et fortement contestée par les autres chercheurs en sciences sociales ( sociologues, économistes, historiens…). Passion ordinaire, pratique sociale et culturelle, le jeu est un Fait Social avant d’être une maladie. Par ailleurs cette politique de jeu responsable apparaît rapidement en contradiction avec la libéralisation partielle des jeux en ligne, nonobstant la croissance accrue des jeux en dur opérée par la FDJ et le PMU ces dernières années, avec une forte accélération ces derniers mois. Ce paradoxe a été souligné avec vigueur par l’autorité de la concurrence dans son Avis du 20 janvier 2011, « Ainsi, la lutte contre l’addiction au jeu entraîne nécessairement la recherche d’une limitation de la consommation, et partant, de l’offre de jeux, alors que le droit de la concurrence vise à stimuler la concurrence pour améliorer les conditions de vente d’un produit ou service et en faciliter l’accès le plus large possible au consommateur ».

    ➢ Dernier paradoxe celui d’un libéralisme ludique qui – contradictoirement – serait principalement basé sur la réglementation et la fiscalité. A cause des deux paradoxes cités avant, l’autorité publique et la représentation nationale ont crû bon de manière préventive, de fortement réglementer et fiscaliser les jeux en ligne. Chacun à rajoutant une couche au cours de la navette parlementaire, comme si la classe politique voulait se donner bonne conscience, comme si l’Etat voulait sécuriser sa fiscalité. La critique de la réglementation est bien connue, elle n’a jamais été démentie : trop de réglementation peut tuer la réglementation et peut même tuer le business, notamment quand il est en cours d’installation comme c’est le cas pour les jeux en ligne. Idem en matière de fiscalité. Conscient de cette réalité, et face aux résultats financiers moins bons qu’attendus, les responsables du dossier veulent désormais « rendre plus attractifs » les jeux en ligne en jouant notamment sur une baisse de la fiscalité, mesure revendiquée et soutenue par les professionnels du secteur. Ce à quoi Valérie Pégresse, vient de répondre que face à un dossier aussi complexe et qui met en cause la fiscalité des jeux en dur, la définition du PBJ… il fallait mener « un travail complémentaire approfondie » (4) qui vient d’être confié à Jean François Lamour. Au delà de son aspect technique très complexe, une question simple doit être posée : « dans une économie de marché l’économie d’un marché » – ici le marché ludique sur internet – doit-elle être régie par la fiscalité, la réglementation ou en laissant jouer la libre concurrence, la loi de l’offre et de la demande. Cette problématique de la régulation économique, abordée lors du colloque organisé par Nicolas About ( sénateur des Yvelines) en avril 2010 (5), la classe politique dans son ensemble devra un jour y répondre franchement.

    Il y a sans doute plusieurs chemins pour aboutir à une bonne sécurité des jeux en ligne et à une « saine » fiscalité qui n’entrave pas le commerce du jeu virtuel ou en dur. Assurément, à cause de son orientation et des 49 recommandations qu’il contient, le « rapport d’évaluation » que vient de remettre la Ministre du Budget au Gouvernement (6) va fortement relancer le débat et faire couler beaucoup d’encre. Souhaitons cependant que les décideurs politiques en charge du dossier trouvent rapidement leur chemin de Damas, pour ne pas que l’aventure ludique des jeux en ligne se transforme en chemin de Croix liberticide. L’ensemble des acteurs du secteur devraient aborder ces différents registres de manière sereine, car le succès des jeux de hasard en ligne, comme celui des jeux d’argent en dur, dépendra largement de l’environnement macro économique. Par ailleurs les protagonistes du champ concerné ont un intérêt commun. Ils souhaitent tous – comme les joueurs qui s’engagent dans l’aventure ludique – « remplir leur bougette »(7).

    © JP Martignoni , Lyon, France, octobre 2011, 188.

    Notes
    (1)Pouvoirs (revue française d’études constitutionnelles et politiques), n°139, Les jeux d’argent ( à paraître en novembre 2011)
    (2) Celui d’Aurélie FILIPPETTI et de Jean-François LAMOUR, celui de l’Afjel (Association Française du jeu en ligne) , celui de l’Arjel ( Autorité de régulation des jeux en ligne)
    (3)Rapport d’information n°17 , Sénat, 12 Octobre 2011, 315 pages
    (4) « Taxation des jeux en ligne : pas de réforme, mais une mission à M. Lamour « ( message AFP du 21 octobre 2011
    (5)« Quelle place, quel rôle pour les nouveaux entrants ? « , 2° assises du jeu de hasard et d’argent, Paris, Palais du Luxembourg, 20 avril 2010.
    (6) « Ouverture à la concurrence et à la régulation du secteur des jeux d’argent et de hasard en ligne » (Rapport d’évaluation du Gouvernement , loi n° 2010-476 du 12 mai 2010, octobre 2011, 71 pages)
    (7) Ancien mot de la langue française qui désignait une bourse ou un coffre ou l’on met de l’or. Après avoir voyagé notamment en Angleterre, ce mot nous est revenu sous le terme Budget.

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