Plusieurs chefs d’Etat et responsables politiques ont lancé un appel à Cotonou pour une mobilisation contre les faux médicaments. Ce triste commerce représente 10% du commerce pharmaceutique mondial, soit 45 milliards d’Euro, chiffres avancés par l’Organisation mondiale de la santé. L’appel de Cotonou vise à inciter les responsables politiques du monde entier à se mobiliser contre ce fléau. Parmi les signataires de cet appel, l’ancien président français Jacques Chirac.
« L’Appel de Cotonou » de Jacques Chirac vise le triste commerce des faux médicaments qui représente 10% du commerce pharmaceutique mondial, soit 45 milliards d’Euro, chiffres avancés par l’Organisation mondiale de la santé. L’appel de Cotonou vise à inciter les responsables politiques du monde entier à se mobiliser contre ce fléau. Parmi les signataires de cet appel, l’ancien président français Jacques Chirac.
Plus rentable que la drogue
« Les trafiquants ont compris que c’était plus profitable que de la drogue parce que c’est beaucoup moins contrôlé que la drogue », explique le professeur Marc Gentilini, médecin de la Fondation Chirac. « De plus en plus de morts sont liées à la prise de médicaments trafiqués, sous-dosés ou contenant des impuretés ; on a même vu des vaccins qui étaient remplacés par de l’eau », a déploré le professeur Gentilini.
Le Président Jacques Chirac a souhaité poursuivre son action et ses combats, notamment à travers la création d’une Fondation pour le développement durable et le dialogue des cultures.
Reconnue d’utilité publique en mars dernier, la Fondation CHIRAC a été officiellement lancée le lundi 9 juin au Musée du Quai Branly. Cette Fondation entend agir en priorité dans les domaines de la responsabilité écologique, la solidarité, le dialogue des cultures et des civilisations.
La Fondation a identifié quatre domaines d’actions prioritaires dont le Président CHIRAC pense qu’ils déterminent aujourd’hui les conditions d’une paix durable pour demain. Il s’agit de l’accès à l’eau, l’accès aux médicaments de qualité, la lutte contre la déforestation et la désertification, et la sauvegarde des langues et des cultures menacées. Dans chacun de ces domaines, la Fondation soutiendra des initiatives concrètes afin de faire changer les choses sur le terrain.
Un combat pas du tout banal
Face à tous ces fléaux que les faux médicaments engendrent, la Fondation Chirac qui se lutte entre autres pour l’accès à la santé et aux médicaments de qualité ne pouvait pas rester les bras croisés. Comme l’a dit Chirac, de toutes les inégalités, la plus blessante est l’inégalité devant la santé.
C’est la raison pour laquelle « je me suis battu dans mon pays, la France, pour que les plus démunis aient accès aux soins ; pour que les traitements pionniers ne soient pas réservés aux privilégiés ; pour que nous trouvions des solutions afin d’abaisser le coût des médicaments destinés aux pays les plus pauvres ». Il urge donc d’agir contre la prolifération des faux médicaments.
Et la Fondation Chirac s’y engage. C’est pour cela qu’elle a initié l’Appel de Cotonou contre les faux médicaments. Un appel qui vise à endiguer la banalisation de la production et de la vente des faux produits pharmaceutiques ; à soutenir les acteurs publics et privés, déjà engagés dans cette lutte ; à éveiller les consciences aux risques encourus par la prise de ces faux médicaments.
Comme son nom l’indique, cet appel a été lancé à Cotonou lors d’une cérémonie solennelle au cours de laquelle sept chefs d’Etat africains en exercice et d’éminentes personnalités représentant les organisations africaines et internationales ont apposé leur signature au bas de ce document.
Cet appel à la mobilisation internationale contre les faux médicaments n’est en réalité que la première étape d’un processus qui devrait aboutir à l’ONU au vote d’une convention d’interdiction de la production et du commerce de faux médicaments.
Lors de la cérémonie de très nombreuses allocutions ont été prononcées. Dans son discours, le président Yayi Boni a cité le cas de son pays, le Bénin, on compte plus de « 6000 vendeurs ambulants de médicaments et 80% de Béninois assurent acheter dans la rue leurs médicaments. Cela fait un manque à gagner et une perte au titre des taxes pour l’Etat ».
S’inscrivant dans la même logique, Louis Michel, député européen et co-président de l’assemblée parlementaire paritaire ACP-UE, a déclaré que sur le plan économique le vrai perdant c’est d’abord le malade, puis les industriels et les Etats. « Je vois dans l’appel de Cotonou l’expression d’une volonté politique pour lutter contre ce fléau. Il ne s’agit pas là d’un combat banal mais d’un combat salutaire pour toute l’humanité ».
Les représentants de l’Union africaine et de l’ONU ont annoncé chacun que son organisation adhérait pleinement à l’appel de Cotonou. Ils ont estimé le trafic des médicaux est le fait de réseaux organisés à l’international et que pour les combattre il faut une réponse internationale.
Le trafic des faux médicaments est « un crime »
Pour Jacques Chirac, le trafic des faux médicaments est « un crime ». En effet, selon l’OMS, « un médicament sur quatre utilisé dans les pays en développement est faux », alors que « 200.000 décès par an pourraient être évités, si les médicaments prescrits contre le paludisme étaient conformes à la réglementation et capables de traiter réellement la maladie. », explique l’ancien président français. « Nous, chefs d’Etat, ou anciens chefs d’Etat, responsables politiques et citoyens des nations d’Afrique, des Amériques, d’Asie et d’Europe, réunis à Cotonou ce lundi 12 Octobre 2009 à l’invitation de son Excellence Monsieur Thomas Boni Yayi, Président de la République du Bénin, et à l’initiative de la Fondation Chirac, considérons que l’accès universel à des soins et des médicaments de qualité est un droit fondamental » et que « dans la plupart des pays en développement, des franges importantes de la population n’ont pas accès à ce droit fondamental, ce qui est contraire à la dignité humaine et constitue une injustice génératrice de déséquilibres et de tensions ».
Selon Jacques Chirac, « la production et la vente de faux médicaments constituent un crime et une atteinte à l’ordre public » ; et « le trafic international des faux médicaments nuit gravement aux relations pacifiques entre les Etats ».
L’appel de Cotonou lancé par Jacques Chirac contre le trafic des faux médicaments :
« L’Histoire a connu, il y a bien longtemps, la révolution agricole, puis plus récemment la révolution industrielle. Elle aborde la troisième révolution, celle de l’information. Nous en connaissons les effets : les liens sociaux, les relations professionnelles, les initiatives culturelles passent dorénavant par les ordinateurs connectés. Nul n’en conteste les aspects bénéfiques. Soyons aussi conscients des dangers que cette révolution recèle : celui de voir se creuser encore, et de manière irréversible, l’écart entre pays riches et pays pauvres. Celui aussi de l’uniformisation culturelle. Ainsi, aujourd’hui, 90% des informations qui transitent par Internet sont émises en langue anglaise, parce que les outils et les serveurs sont dédiés à l’usage exclusif de cette langue.
« L’enjeu est clair : si dans les nouveaux médias notre langue, nos programmes, nos créations ne sont pas fortement présents, nos futures générations seront économiquement et culturellement marginalisées. Sachons, demain, offrir à la jeunesse du monde des rêves francophones, exprimés dans des films, des feuilletons et valorisant la richesse culturelle et la créativité de chacun de nos peuples.
« Il faut produire et diffuser en français. C’est une question de survie. Il faut unir nos efforts. Les pays du Sud peuvent et doivent participer à ce combat, qui n’est pas seulement celui de la francophonie. Les hispanophones et les arabophones, tous ceux qui s’expriment en hindi ou en russe, en chinois ou en japonais, sont confrontés à la même menace que nous. J’appelle la francophonie à prendre la tête d’une vaste campagne pour le pluralisme linguistique et la diversité culturelle sur les inforoutes de demain. Je souhaite que cet appel de Cotonou marque fortement cette ambition et soit entendu et compris dans le monde entier. »