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Loi des finances : Polémique dans la polémique

Posted on 03 octobre 2009 (0)

commerceLe remous et la polémique suscités par les nouvelles dispositions de la loi de finances complémentaire (LFC) ne se sont pas totalement éteints, qu’une autre charge est tirée contre l’exécutif gouvernemental.

La cause en est cette fois l’entrée en vigueur avant-hier des mesures prises par le ministre des Transports Amar Tou. Lesquelles mesures consistent, selon l’explication officielle, à transférer du port d’Alger les navires transportant des cargaisons non conteneurisées et des équipements roulants vers les ports de Mostaganem, Djendjen, Jijel et Ghazaouet, dans la wilaya de Tlemcen, et ce pour mettre fin à l’engorgement dont le premier port est le théâtre.

Tout comme les mesures incluses dans la loi de finances complémentaire, celle endossée par le ministre des Transports divise et pousse à la controverse les opérateurs économiques concernés par sa mise en application.

Les adversaires de la délocalisation ainsi opérée sont montés au créneau pour en dénoncer les conséquences négatives qu’elle induit, selon eux, sur leurs opérations commerciales liées aux produits qu’elle concerne. Et de mettre en avant celle qui obligera à la revue en hausse des prix de ces produits du fait des surcoûts financiers que leur délocalisation entraînerait. Ce à quoi ils ajoutent que l’impréparation des ports désignés pour accueillir les cargaisons délocalisées et la défectuosité du réseau routier national ne plaident pas pour cette mesure.

Ces détracteurs de la mesure se recrutent dans le monde des opérateurs économiques ayant pour base d’activité Alger, sa région et le centre du pays plus généralement. Ils ont reçu l’appui des représentations syndicales du port d’Alger, qui elles craignent que cette délocalisation engendrera des suppressions d’emplois à ce niveau.

Ses partisans par contre en saluent la pertinence en tant qu’elle met fin à l’engorgement du port de la capitale et contribuera ainsi à réduire les frais de surestaries qu’une telle situation génère. Il leur apparaît tout autant logique que le flux des importations maritimes du pays soit réparti entre l’ensemble des installations portuaires existantes et qu’il soit mis fin au quasi-monopole de la domiciliation dont a bénéficié le port d’Alger.

Les approbateurs sont eux aussi des opérateurs économiques qui, a contrario des détracteurs, estiment que la mesure de Amar Tou est justifiée dans son principe, même s’ils émettent comme ces derniers la critique du fait accompli qu’elle a imposé à leur milieu et font le reproche de l’absence de concertation qui a caractérisé la prise de décision du ministre des Transports.

Qu’elles soient indispensables et nécessaires, ou au contraire portent la marque d’un déphasage par rapport aux réalités politique, économique et autres du pays, les initiatives, décisions et mesures prises par l’exécutif de l’Etat provoquent invariablement et systématiquement controverses et appréciations contradictoires. Mais jamais un vrai débat qui, mettant de côté les considérations partisanes ou d’intérêt, ne se préoccupe que de rechercher ce qu’il est bon de faire pour le pays et de faire émerger un consensus national pour la mise en oeuvre de cela.

Kharroubi Habib

Réinventer la théorie économique

Posted on 17 septembre 2009 (0)

Des modèles économiques déficients sont en grande partie responsables de l’incapacité généralisée des économistes à prédire la crise financière qui a éclaté en 2008. L’absence de modèles fiables signifie que les décideurs économiques et les banquiers centraux n’ont pas été avertis de la tourmente imminente.

Comme George Akerlof et moi-même l’avancions dans notre dernier ouvrage, Animal Spirits, la crise financière actuelle a été créée par des bulles spéculatives sur le marché de l’immobilier, les marchés boursiers, de l’énergie et autres marchés des produits de base. Les bulles sont causées par des réactions en boucle : la hausse des prix spéculatifs encourage l’optimisme qui à son tour encourage l’achat, qui induit une nouvelle hausse des prix – et ainsi de suite jusqu’au krach.

commerceMais le mot « bulle » n’apparaît pas dans la plupart des traités ou manuels économiques. De même, une recherche sur les documents de travail produits par les banques centrales et les départements gouvernementaux d’économie ces dernières années ne produit que peu de référence aux « bulles ». En fait, l’idée même de bulles spéculatives est devenue si suspecte au sein de la profession économique et financière que l’évoquer lors d’un séminaire revient à évoquer l’astrologie devant un groupe d’astronomes.

Le problème fondamental est qu’une génération entière de théoriciens orthodoxes de la macroéconomie en sont venus à accepter une théorie qui est fausse dans son essence : la théorie qui voudrait que les individus soient tout à fait rationnels. Et comme l’a démontré le statisticien Leonard « Jimmy » Savage en 1954, si les individus adoptent certains axiomes de rationalité, ils doivent se conduire comme s’ils connaissent toutes les probabilités et effectuent tous les calculs nécessaires.

Les économistes ont donc accepté le postulat selon lequel les individus utilisent toutes les informations disponibles et connaissent, ou se comportent comme s’ils connaissaient, les probabilités des événements futurs possibles. Ils ne sont pas influencés par autre chose que des faits, et les probabilités sont considérées comme des faits. Elles sont mises à jour au fur et à mesure de l’apparition de nouvelles informations et donc tout changement de comportement d’un individu doit être attribué à une réponse rationnelle à des informations véritablement nouvelles. Et si les acteurs économiques sont toujours rationnels, alors l’existence de bulles – des réactions irrationnelles aux forces du marché – est impossible.

Mais de nombreuses preuves existent au plan psychologique pour démontrer que les individus ne se conforment pas aux axiomes de rationalité de Savage. Ce point précis est au cœur de la révolution qui a saisi l’économie comportementale au cours de la dernière décennie.

En fait, les individus ne savent presque jamais quelles sont les probabilités d’événements économiques futurs. Ils vivent dans un monde où les décisions économiques sont fatalement ambiguës, parce que l’avenir ne semble pas être une simple répétition d’un passé quantifiable. Et dans la perception de la majorité des individus, il semble toujours que « cette fois-ci, c’est différent ».

Le travail des neuroscientifiques Scott Huettel et Michael Platt de l’université Duke ont montré, en utilisant l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, que « le processus décisionnaire dans des conditions d’ambiguïté ne représente pas un cas spécial, plus complexe, des prises de décisions à risque ; au contraire, chacune de ces formes d’incertitude est traitée par des mécanismes distincts ». En d’autres termes, des parties du cerveau et des processus émotionnels différents sont impliqués dans un contexte ambigu. L’économiste mathématicien Donald J. Brown et la psychologiste Laurie R. Santos, de Yale, font aujourd’hui des expériences avec des sujets humains pour tenter de comprendre comment la tolérance humaine pour l’ambiguïté dans les prises de décision économiques varie dans le temps. Leur théorie est que « les marchés haussiers sont caractérisés par une recherche de conditions ambiguës et les marchés baissiers par un comportement d’évitement de l’ambiguïté ». Ces comportements sont liés à une modification du rapport à la confiance, un phénomène que nous commençons tout juste à comprendre.

L’approche théorique purement rationnelle reste sans aucun doute utile dans certains cas. Elle peut être prudemment appliquée dans des domaines où les conséquences d’un manquement à l’axiome de Savage ne sont pas trop graves. Les économistes ont aussi pu à juste titre l’appliquer à une série de questions microéconomiques, comme la raison pour laquelle les monopoles fixent des prix plus élevés. Mais cette théorie a été étendue à un trop grand nombre de domaines. Par exemple, le « Modèle d’équilibre général dynamique et stochastique de la zone euro » développé par Frank Smets de la Banque centrale européenne et Raf Wouters de la Banque nationale de Belgique donne une liste précise des chocs externes qui sont supposés faire avancer l’économie. Mais il n’existe aucune modélisation des bulles économiques : l’économie est simplement censée absorber ces chocs externes de manière complètement rationnelle.

Milton Friedman (co-auteur et mentor de Savage) et Anna J. Schwarz, dans leur ouvrage Une histoire monétaire des Etats-Unis, publié en 1963, ont montré que les anomalies de la politique monétaire – un exemple type d’un choc externe – avaient été un facteur déterminant de la Grande Dépression des années 1930. Des économistes comme Barry Eichengreen, Jeffrey Sachs et Ben Bernanke ont contribué à nous faire comprendre que ces anomalies étaient liées à la volonté de certaines banques centrales de s’en tenir à l’étalon-or, les amenant de ce fait à maintenir des taux d’intérêt relativement élevés malgré la faiblesse de la conjoncture économique. Pour certains, cette révélation a représenté un point culminant de la théorie économique. La pire crise économique du XXe siècle était enfin expliquée – et une manière de la corriger était suggérée – mais par une théorie qui ne tient pas compte des bulles spéculatives.

Et pourtant, des événements comme la Grande Dépression, et la crise actuelle, ne seront jamais pleinement compris sans comprendre les bulles. Le fait que des erreurs de politique monétaire aient largement contribué à la Grande Dépression ne signifie pas pour autant que nous comprenions cette crise ou que d’autres crises (y compris la crise actuelle) aient les mêmes causes.

En fait, l’incapacité des modèles avancés par les économistes à prédire la crise actuelle marquera le début de leur révision, au fur et à mesure que les économistes reverront leurs recherches à la lumière des travaux de scientifiques d’autres branches. Ce n’est qu’alors que les autorités monétaires auront une meilleure compréhension du moment et de la manière dont les bulles peuvent faire dérailler l’économie et de ce qui peut être fait pour l’empêcher.

Robert J. Shiller, Enseigne l’économie à l’Université de Yale et est économiste en chef de MacroMarkets LLC, La traduction française a été faite par Julia Gallin

Les professionnels du livre écrivent à Bouteflika

Posted on 16 septembre 2009 (0)

Dans une lettre ouverte adressée à Bouteflika, les éditeurs et importateurs du livre, regroupés au sein du Syndicat national des éditeurs de livre (SNEL) et du Syndicat des professionnels du livre (SPL), sollicitent l’intervention du premier magistrat du pays pour trouver une solution au problème induit par la loi de finances complémentaire 2009 dans son article 69 qui impose le crédit documentaire comme unique mode de payement des importations.

Les éditeurs et professionnels du livre se disent étonnés «d’apprendre qu’il nous était dorénavant interdit de recourir au crédit fournisseur et que nous devions régler au comptant la valeur de nos importations». Selon eux, ces dispositions «ne serviront que les intérêts des éditeurs étrangers et annihilent tous les efforts déployés durant plusieurs années afin d’obtenir leur confiance».

«En fait, il s’agit, pour nous, de préfinancer nos partenaires, d’autant que nos banques ont exigé de nous l’apport de la totalité des fonds», lit-on dans la lettre ouverte. Sans compter que ces nouvelles dispositions vont entraîner des «retards considérables» qui vont «hypothéquer très sérieusement la rentrée universitaire et le bon fonctionnement du 14e Salon international du livre d’Alger (Sila)» prévu le 27 octobre prochain.

BouteflikaLes rédacteurs de la lettre ouverte souhaitent une intervention du président de la République pour que soit trouvée une solution, d’autant que, comme il est précisé, le montant des importations des livres «ne représente que 30 millions de dollars, soit 0,075% du montant global des importations de l’année 2008».

Les éditeurs et importateurs du livre estiment aussi que l’édition nationale est elle aussi menacée autant que l’importation puisque «le papier et l’encre sont soumis à la même réglementation». Ce qui induira, selon eux, une forte pénurie du livre qui sera nécessairement accompagnée par une hausse des prix.

«Nous osons croire, monsieur le Président de la République, que tout le soutien que vous avez apporté depuis votre investiture, au développement de la production et de la diffusion du livre, ne puisse être effacé par des dispositions d’une loi qui n’a pas tenu compte de la spécificité de notre secteur».

M. M.

Comprendre la flambée des prix du mois du Ramadan

Posted on 04 septembre 2009 (0)

Chaque année les mêmes acteurs et les mêmes causes nous sont refilés pour justifier la flambée des prix des produits alimentaires durant le mois du Ramadan. Chacun y va de sa propre calculatrice, mandataires, commerçants, chambres froides, l’offre, la demande etc… Le même discours de « Rima » des années « kadima » est ressassé !? Pointer du doigt le spéculateur et occulter voire innocenter les deux autres côtés de ce triangle mercuriale, c’est aller un peu vite en besogne. Les deux paramètres incontournables de cet imbroglio que sont l’Etat et le consommateur influencent les rapports de ce marché de dupes. Nier leur responsabilité dans la hausse des prix relève d’un populisme lustré.

Et si le consommateur arrêtait de s’empiffrer à tout bout de meida pour s’interroger sur ce misérable vécu et sur les contradictions de son comportement quotidien face à cette mercuriale en feu pendant cette période du jeûne. A vrai dire, malgré la torche enflammée des prix, ce consommateur froid continue d’acheter et de se plaindre en même temps. Cette manie de sortir du cercle en incriminant les autres puis le réintégrer illico-presto relève d’un pathétisme vraiment troublant. Comment se permettre à chaque fois de graisser ces girouettes qui ne tournent qu’au gré de leur intérêt et ne pas opter carrément pour une démarche coup-fin à couffin opposée à cette conduite quasi schizophrénique.

Si le consommateur s’abstenait au moins une fois de prendre ces sangsues, pour les coupe-faims de son couffin, son vécu ne sera peut-être pas le même et aura une toute autre fin. Et puis, il aura au moins tenté de briser ce machiavélique cycle infernal de l’envolée de la mercuriale qui lui est imposé à chaque labyrinthe ramadanesque.

Pourquoi ne pas adopter une stratégie semblable et agir en optant pour les mêmes réflexes que ces spéculateurs impitoyables ? Prendre les devants et stocker bien à l’avance dans la chambre froide de son réfrigérateur ou congélateur le nécessaire des premiers jours ramadanesques. Et puis la portée spirituelle de ce mois de piété ne rime absolument pas avec ripaille.

Boycotter ce marché de la démesure pendant les premiers jours de ce mois sacré déstabilisera à coup sur les prévisions diaboliques de ces sbires des chambres froides. Ce changement de comportement en générera d’autres qui congèleront une fois pour toute les desseins de ces prédateurs et leurs congénères sans scrupules. Dans cette optique, la culture d’une véritable économie ménagère est à méditer pour juguler un tant soit peu ces pratiques sans vergogne.

Il est clair que le rush sur les produits alimentaires à la veille du mois sacré encourage les opportunismes de tout bord. Mettre du bémol dans son ardeur consommatrice aiderait sûrement à la résolution partielle de ce casse-tête typiquement algérien.

Quant à l’offre froide des chambres de la spéculation qui retiennent en stocks à tour de rôle les produits alimentaires pour renchérir les prix de vente, elle exige une intervention énergique de l’Etat sur ces pratiques maffieuses en en faisant une priorité.

En regardant de près ces spéculateurs, il y a une immoralité dégoûtante qui émane de ces spécimens faux dévots à l’origine de la hausse des prix, qui, une fois le gain de leur crasse empoché vont fêter l’Aïd, après avoir fait exploser toutes les marges, comme des gens qui viennent d’accomplir un rite cultuel et culturel.

Enfin, il y a les mêmes jacasseries hypocrites de responsables qui s’en lavent les mains de ces pratiques spéculatives et parasitaires en arguant l’alibi-maison de l’offre et de la demande comme si le marché algérien était régulé. Alors que les effets de notre prodigieuse économie de marché qui a enfanté ces libéralisations incontrôlées des circuits de distributions portent en grande partie la responsabilité de cette gabegie.

La régulation, principale mission de l’Etat dans les pays modernes, demande des compétences avérées à l’image d’organismes capables d’anticiper, en amont, la demande et les changements durables ou conjoncturels des fluctuations de la consommation pour pouvoir agir et adapter, en aval, l’offre. Assumer l’incapacité à mettre de l’ordre dans l’anarchie du marché tout en prenant le consommateur pour un «ghachi» est fortement interrogateur. Décidemment les chambres froides de la déraison criarde ont encore de prolifiques ramadans en perspectives sonnantes et trébuchantes.

Remmas Baghdad

L’inflation inquiète les spécialistes algériens

Posted on 02 septembre 2009 (0)

L’Office national des statistiques (ONS) affirme que le taux d’inflation annuel en Algérie (août 2008 à juillet 2009) a atteint 5,4% alors que le ministre des Finances estime qu’elle ne devrait pas dépasser cette année 4,4%.

«L’inflation est de 4%, elle n’est pas importée mais elle est domestique et engendrée par les fortes pressions sur les produits frais et les fortes tensions sur les prix. L’inflation, ce n’est pas mauvais, il faut toujours un peu d’inflation pour l’investissement», a déclaré le ministre des Finances le 16 août dernier à la presse. Auditionné le 27 août dernier par le président de la République, Karim Djoudi a avancé un taux d’inflation de 4,4%. «L’inflation qui avait atteint 4,4 % en 2008, en contexte d’inflation élevée au niveau mondial, devrait rester à ce niveau en 2009», lit-on dans le communiqué qui avait sanctionné l’audition du ministre des Finances par le Président. Comparés aux données fournies par l’ONS dans son communiqué d’hier sur le rythme d’inflation annuel du pays, ni le taux ni la prévision avancés par le ministre ne s’avèrent justes.

Hier, l’ONS a en effet fait savoir que le taux d’inflation annuel en Algérie, calculé sur la période allant d’août 2008 à juillet 2009, a atteint 5,4%. Mohamed Bahloul, l’universitaire d’Oran, estime que cette tendance haussière du taux d’inflation est normale «si elle est liée au Ramadhan, elle est donc liée à la forte pression de la demande et de la spéculation». Bahloul conforte ses propos en précisant que la hausse de l’inflation touche beaucoup plus les biens de consommation. L’universitaire note que «c’est un phénomène qu’on remarque particulièrement dans les pays musulmans, dans cette période de jeûne, l’inflation enregistre une hausse et quelque temps après, une baisse en raison de la baisse de la tension sur les produits de consommation». L’ONS recourt d’ailleurs, aux mêmes raisons pour expliquer cette hausse du taux l’inflation. «Un taux engendré essentiellement par la hausse des prix des produits agricoles frais», indique l’office. Sauf que l’ONS relève que pour les sept premiers mois 2009, «et par rapport à la même période de l’année écoulée, l’indice brut des prix à la consommation se situe à 6,1%.» La hausse de l’inflation a bien commencé au début de l’année en cours. L’ONS affiche ainsi «une hausse de 8,7% des produits du groupe des biens alimentaires avec 18,1% pour les produits agricoles frais.» Sur la même période, une hausse de 2,1% a été observée en outre, au niveau des prix des produits manufacturés et une autre de 6,4% pour ceux des services.

«C’est la désorgani-sation des mécanismes de régulation»

Les économistes pensent qu’il n’est pas normal que les prix locaux des services soient orientés vers une tendance inflationniste dans une période où le reste du monde enregistre des niveaux déflationnistes très bas sinon nuls en raison des effets de la crise financière sur les économies mondiales.

Mohamed Bahloul estime que la hausse de l’inflation résulte de la désorganisation des mécanismes de régulation au niveau local. Il est vrai que le Ramadhan met le marché dans tous ses états mais, fait remarquer Bahloul, «pendant les fêtes de fin d’année, les pays occidentaux ne connaissent pas ce phénomène inflationniste parce que l’offre et les structures de distribution s’organisent en conséquence et conformément aux mécanismes de régulation qui restent toujours de rigueur.» Il estime que «chez nous, on peut vaincre ce phénomène à moyen et long terme, en s’organisant tout simplement.»

L’absence de mécanismes de régulation et de contrôle est confortée par les données publiées par l’ONS d’autres tendances haussières qui, dit l’institution, marquent l’année en cours par rapport à celle écoulée. Les prix des oeufs ont ainsi augmenté de 30,3%, les poissons frais de 25,7%, la viande de mouton (22,3%), la viande blanche (15,4%), les sucres et produits sucrés (9,5%), les fruits frais (7,7%), les légumes frais (26,1%). La pomme de terre à elle seule a enregistré une hausse de son prix de 6,3%. Les seules baisses concernent les prix des huiles et graisses (-12,33%), du lait, fromage et dérivés ainsi que les prix des produits alimentaires industriels (-0,5%).

«Ce n’est pas très grave mais c’est préoccupant»

L’ONS fait savoir que pour le mois de juillet dernier, «l’indice des prix à la consommation a enregistré une variation négative, soit -0,3% par rapport au mois de juin, une baisse de moindre ampleur que celle relevée le même mois de l’année précédente (-3,1%).» Ce repli est expliqué par «le recul des prix des biens alimentaires (-1%) en juillet par rapport au moins de juin dernier. L’ONS attribue cette évolution négative, qui intervient pour le 4e mois consécutif, au fait des produits agricoles (-2,8%) notamment les légumes (-5,2%) et les fruits (-49,5%).» En juillet et toujours comparativement à juin, les prix de la viande blanche ont fortement augmenté de 25,9%, les oeufs de 11,9% et la pomme de terre de 15,5%. Les produits alimentaires industriels se sont aussi vendus plus cher de 0,9%. Une augmentation que l’ONS explique par la hausse des prix des huiles et graisses de 3,8% et des sucres et produits sucrés de 2,9%. Les produits manufacturés et des services ont évolué respectivement de +0,3% et +0,9%. Mustapha Mekkidèche, économiste, vice-président du Conseil national économique et social a réagi hier au quart de tour à ce sujet. «C’est inquiétant», nous a-t-il répondu d’emblée à propos d’une inflation de 5,4% comme affirmé par l’ONS. «Il ne faut pas que ça dépasse les 5 ou tout au plus les 6, sinon ça aura un effet cumulatif», explique-t-il. Pour élaguer les effets de la spéculation qui agit en général au cours du mois de Ramadhan, Mekkidèche estime qu’il serait intéressant de suivre les évolutions du taux d’inflation entre septembre et octobre, dépassant progressivement les périodes des dépenses particulières. Si le vice-président du CNES garde la spéculation comme élément agissant directement sur les prix, il fait remarquer cependant que «nos importateurs ne répercutent pas localement les baisses des prix mondiaux sur les prix de vente.» En matière d’inflation, notre interlocuteur fait rappeler que la tendance au niveau mondial est zéro. «Alors pourquoi elle n’est pas en baisse chez nous», interroge-t-il. Il se demande ainsi pourquoi l’Algérie ne connaît-elle pas elle aussi cette désinflation observée à travers le monde conséquemment à la crise financière. Il pense que nos marchés ne sont pas si fluides pour que cette désinflation soit transférée à leur niveau. Il estime que «c’est là le mauvais aspect du protectionnisme qui empêche l’organisation du marché d’être plus transparente et plus ouverte.» Mekkidèche assure qu’un taux de 5,4% d’inflation, «ce n’est pas très grave mais c’est préoccupant.»

Ghania Oukazi