L’ancien président Jacques Chirac s’est engager à « combattre l’économie criminelle des faux médicaments » en Afrique. « La Fondation que j’ai créée pour servir la paix a fait de l’accès aux médicaments de qualité l’un de ses objectifs prioritaires. Je veux d’abord saluer aujourd’hui celles et ceux qui ont réussi à faire du Laboratoire de Contrôle de la Qualité des médicaments de Cotonou, une référence qui servira d’exemple à d’autres implantations. Cet après-midi, je visiterai ses nouveaux bâtiments construits à l’initiative du Ministère de la Santé du Bénin et réalisés en partie avec notre concours. Car le début du combat c’est de se donner les moyens de vérifier la qualité des médicaments mis sur le marché et disponibles dans les hôpitaux, les dispensaires et les officines. », déclare Chirac.
« De toutes les inégalités, la plus blessante est l’inégalité devant la santé. » A Cotonou au Bénin, Jacques Chirac explique qu’il s’est battu en France « pour que les plus démunis aient accès aux soins ; pour que les traitements pionniers ne soient pas réservés aux privilégiés ; pour que nous trouvions des solutions afin d’abaisser le coût des médicaments destinés aux pays les plus pauvres, et des financements innovants permettant d’atteindre les Objectifs sanitaires du millénaire. »
« L’économie criminelle des faux médicaments me révolte parce qu’elle s’attaque aux pays les plus pauvres, et, en leur sein, à des familles sans protection sociale et sans moyens ; parce qu’elle concerne les médicaments les plus indispensables à la santé individuelle et collective : ceux qui soignent le paludisme, la tuberculose, le SIDA ; parce qu’elle s’insinue partout, sur les marchés des rues, comme sur Internet, et qu’elle grossit au point que ses revenus dépassent ceux du trafic de la drogue ; et parce que les faux médicaments ne se contentent pas de tromper l’espérance des patients et qu’ils sont souvent des poisons qui tuent ou handicapent. »
Qu’on ne me dise pas qu’il ne s’agit pas d’un crime. En effet, selon l’OMS « un médicament sur quatre utilisé dans les pays en développement est faux » et « 200.000 décès par an pourraient être évités, si les médicaments prescrits contre le paludisme étaient conformes à la réglementation et capables de traiter réellement la maladie. »
C’est pourquoi, devant ces drames, nous voulons lancer, aujourd’hui, de Cotonou, ville exemplaire, cet appel contre l’impunité et l’indifférence que je me permets de vous proposer. “Nous, chefs d’Etat, ou anciens chefs d’Etat, responsables politiques et citoyens des nations d’Afrique, des Amériques, d’Asie et d’Europe, réunis à Cotonou ce lundi 12 Octobre 2009 à l’invitation de son Excellence Monsieur Thomas Boni Yayi, Président de la République du Bénin, et à l’initiative de la Fondation Chirac,
- Considérons que l’accès universel à des soins et des médicaments de qualité est un droit fondamental ;
- Considérons que dans la plupart des pays en développement, des franges importantes de la population n’ont pas accès à ce droit fondamental, ce qui est contraire à la dignité humaine et constitue une injustice génératrice de déséquilibres et de tensions ;
- Considérons que la production et la vente de faux médicaments constituent un crime et une atteinte à l’ordre public ;
- Considérons que le trafic international des faux médicaments nuit gravement aux relations pacifiques entre les Etats ;
- Considérons qu’un terme doit être mis le plus rapidement possible à la production, au trafic international et à la commercialisation illicites des faux médicaments ;
En conséquence :
- Exprimons le vœu que les Etats mettent en œuvre, sans délai, des politiques sécurisées d’accès universel à des médicaments de qualité, en cohérence avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement ;
- Exhortons les chefs d’Etat et de Gouvernement, les responsables d’organisations internationales et d’organisations non gouvernementales à prendre la pleine mesure des enjeux de santé et de sécurité publiques liés au fléau des faux médicaments et à décider au plan national de mesures appropriées :
- la mise en application stricte des textes législatifs et réglementaires dans les Etats qui en disposent ; et l’instauration d’un cadre législatif et réglementaire, là où il fait défaut ;
- la mise en place, sur le terrain, d’instruments efficaces de lutte contre le trafic ; avec des personnels formés et des dispositifs répressifs adaptés à la réalité du trafic des faux médicaments ;
- le renforcement des capacités des personnels de santé dans la prévention et la lutte contre les faux médicaments ;
- la sensibilisation et l’information du public sur les méfaits des faux médicaments ;
A cet effet,
- Nous engageons à œuvrer ensemble en vue d’éradiquer la production, le trafic et le commerce illicites des faux médicaments ;
- Appelons à la responsabilisation de tous les acteurs, y compris des populations, pour mettre en oeuvre les dispositions qui s’imposent ;
- Proposons d’accroître la mise à disposition de médicaments génériques de qualité pour tous, notamment ceux de la liste des médicaments essentiels établie par l’Organisation Mondiale de la Santé.
- Invitons les chefs d’Etat et de Gouvernement, les responsables d’Organisations internationales, d’organisations non gouvernementales et les chefs d’entreprise concernés à se réunir à Genève en 2010 pour une conférence mondiale visant à arrêter les principes de base d’une Convention internationale de lutte contre les faux médicaments.”
L’appel de Cotonou lancé par Jacques Chirac contre le trafic des faux médicaments : « L’Histoire a connu, il y a bien longtemps, la révolution agricole, puis plus récemment la révolution industrielle. Elle aborde la troisième révolution, celle de l’information. Nous en connaissons les effets : les liens sociaux, les relations professionnelles, les initiatives culturelles passent dorénavant par les ordinateurs connectés. Nul n’en conteste les aspects bénéfiques. Soyons aussi conscients des dangers que cette révolution recèle : celui de voir se creuser encore, et de manière irréversible, l’écart entre pays riches et pays pauvres. Celui aussi de l’uniformisation culturelle. Ainsi, aujourd’hui, 90% des informations qui transitent par Internet sont émises en langue anglaise, parce que les outils et les serveurs sont dédiés à l’usage exclusif de cette langue.
« L’enjeu est clair : si dans les nouveaux médias notre langue, nos programmes, nos créations ne sont pas fortement présents, nos futures générations seront économiquement et culturellement marginalisées. Sachons, demain, offrir à la jeunesse du monde des rêves francophones, exprimés dans des films, des feuilletons et valorisant la richesse culturelle et la créativité de chacun de nos peuples.
« Il faut produire et diffuser en français. C’est une question de survie. Il faut unir nos efforts. Les pays du Sud peuvent et doivent participer à ce combat, qui n’est pas seulement celui de la francophonie. Les hispanophones et les arabophones, tous ceux qui s’expriment en hindi ou en russe, en chinois ou en japonais, sont confrontés à la même menace que nous. J’appelle la francophonie à prendre la tête d’une vaste campagne pour le pluralisme linguistique et la diversité culturelle sur les inforoutes de demain. Je souhaite que cet appel de Cotonou marque fortement cette ambition et soit entendu et compris dans le monde entier. » Jacques Chirac, Président de la République Française.
L’ancien président a lancé lundi 12 octobre une vaste campagne de mobilisation internationale visant à lutter contre les médicaments contrefaits. L’Appel de Cotonou s’est déroulé au Centre International des Conférences de Cotonou au Bénin.
Objectifs de la mobilisation internationale
Cette mobilisation a l’ambition, à terme, de répondre aux trois problèmes majeurs liés à ce trafic
1. Pallier le manque d’informations afin d’éveiller les consciences :
Les comportements d’achat doivent changer. Pour que l’accès à la santé soit banalisé, même pour les populations les plus pauvres, il est essentiel de les informer sur les médicaments génériques de qualité, disponibles à un coût dix fois inférieur dans les circuits publics et privés. Il est impératif d’informer systématiquement les pharmaciens d’officine qui doivent prévenir les patients sur les dangers des faux médicaments.
2. Former les techniciens de laboratoires de contrôle de la qualité
Pour permettre le bon fonctionnement des laboratoires et en assurer leur pérennisation, il est essentiel de former des personnes sur le terrain et de leur fournir les ressources nécessaires. Pour optimiser cette mesure, il s’agira de réunir une équipe de techniciens assurant la maintenance et la formation des différents laboratoires.
3. Élaborer un instrument répressif afin de réglementer la distribution de médicaments et de renforcer le droit des malades pour un accès aux médicaments de qualité contrôlée
Parce que le trafic de médicaments falsifiés est bien un problème de santé publique, il est aujourd’hui un devoir d’établir une loi, internationalement reconnue, permettant de mettre un terme à ce fléau. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et la France disposent de législations pouvant servir de modèle. La mise en application de ces législations devra fédérer les acteurs de la santé (les pharmaciens d’officine et les conseils de l’ordre des pharmaciens, les laboratoires…) et du contrôle (services de police et de douane) pour sécuriser la chaîne de distribution des médicaments. Il sera alors impératif de les former sur les circuits qu’emprunte cette économie parallèle.
L’Appel de Cotonou, Bénin, 12 octobre 2009
L’Appel de Cotonou s’est déroulé au Centre International des Conférences de Cotonou au Bénin. L’ancien président français Jacques Chirac, le Président du Bénin Thomas Boni Yayi, et le Président du Burkina Faso,Monsieur Blaise Compaoré, avec d’autres chefs d’Etat et dirigeants d’organisations internationales, se sont engagés à endiguer la banalisation de la production et de la vente de faux produits pharmaceutiques en Afrique et ailleurs, à soutenir les acteurs publics et privés, déjà engagés dans cette lutte, et à éveiller les consciences aux risques encourus par la prise de ces faux médicaments.
Cet acte fondateur de la mobilisation est la première étape d’un long processus de demande d’un vote d’une Convention d’interdiction de la production et de la vente de faux médicaments devant les Nations Unies.
Agir au service de la paix
Protection de la biodiversité, dialogue des cultures, respect de l’environnement : parce que les réponses à ces nouveaux défis sont plurielles, la Fondation Chirac agit sous des formes multiples. Construire une culture du respect mutuel, tisser des liens entre les mondes, bâtir une société internationale plus harmonieuse a toujours été l’ambition politique de Jacques Chirac. Tout au long de sa vie publique, il a agi pour que prévale la paix sur les facteurs de guerre, la solidarité sur l’indifférence, le partage sur l’égoïsme, la responsabilité sur la fatalité.
Pour donner vie au principe universel de l’égale dignité des hommes et des peuples, il est un ardent militant de la diversité culturelle. Pour progresser vers un modèle de développement durable qui comprenne cette indispensable dimension, il est l’un des avocats du dialogue entre les cultures et les civilisations. C’est cette même ambition qu’il poursuit aujourd’hui avec la Fondation Chirac : agir au service de la paix.
Une paix menacée par les conflits non résolus ou les crises, mais également fragilisée désormais par les atteintes à l’environnement et le risque de voir demain les réfugiés climatiques se compter par millions. Une paix sapée par les faillites de la solidarité sociale, par l’écrasement des cultures singulières, par la recrudescence des conflits identitaires.
Selon les situations, la fondation Chirac soutient des initiatives existantes, plaide pour une cause ou se joint à l’expérimentation de projets pouvant montrer la voie, avec pour objectif de contribuer à réguler la mondialisation et à réinventer une gouvernance mondiale.
Accès aux médicaments de qualité
L’accès à des médicaments de qualité est un des enjeux majeurs des politiques de santé publique en Afrique où la contrefaçon est un fléau.
Parmi ces médicaments contrefaits, certains ne contiennent aucun principe actif, d’autres contiennent des principes actifs sous dosés, d’autres encore contiennent des substances hautement toxiques.
Ces faux médicaments nuisent aux patients par leur incapacité à traiter des maladies graves, ils peuvent provoquer une pharmaco-résistance et, dans trop de cas, entraînent la mort.
Alors que l’achat de médicaments dans les pays en développement constitue toujours une charge lourde pour le patient, cette dépense, en pure perte, a des conséquences économiques pour les familles.
La mise sur le marché de médicaments dangereux ou inactifs et échappant à tout contrôle constitue à la fois une menace pour la sécurité des populations, un scandale moral et un défi pour les acteurs du développement.
Extension du Laboratoire National de Contrôle de la Qualité des Médicaments au Bénin
Associé à des politiques d’information et d’éducation sur le changement des comportements (campagnes de sensibilisation des populations), le contrôle de la qualité des médicaments est une première réponse au développement des contrefaçons de médicaments.
Il est une étape indispensable pour permettre aux pays du Sud de mettre en place ou de conforter des politiques de santé publique efficaces et pérennes. La Fondation Chirac a choisi le Bénin pour sa première action pour l’accès aux médicaments de qualité.
Car, depuis la fin des années 90, la politique d’accès aux médicaments est la priorité de la politique de santé du Bénin qui a fait des efforts importants et exemplaires de restructuration de sa politique pharmaceutique.
Ainsi, le ministère de la Santé a sécurisé l’accès aux médicaments de qualité par plusieurs mesures la restructuration de la centrale d’achat des médicaments essentiels; la création d’une école de pharmacie; et la réhabilitation du laboratoire national du contrôle de la qualité des médicaments.
Ces mesures ont permis au Bénin d’être novateur dans la sous-région. Toutefois, confronté à l’explosion du marché des médicaments contrefaits, le Bénin a besoin de consolider ses outils de lutte. Parmi ceux-ci, le Laboratoire National de Contrôle de la Qualité des Médicaments est particulièrement important.
Mobilisation internationale contre le trafic de faux médicaments
Pour agir efficacement et de façon globale, la Fondation Chirac lance une campagne de mobilisation internationale.
Dans le passé, sur des sujets sensibles comme celui du Sida (discours d’Abidjan, 5 décembre 1997), le Président Jacques Chirac a fait évoluer les opinions publiques. Aujourd’hui, à la tête de sa fondation, il mobilise la communauté internationale contre la prolifération des médicaments falsifiés.
Cette campagne se déroulera en deux temps : un Appel lancé de Cotonou par plusieurs chefs d’Etat le lundi 12 octobre 2009, pour demander le vote d’une Convention d’interdiction de la production et du commerce de faux médicaments devant les Nations Unies; et une conférence internationale contre les faux médicaments en 2010 à Genève, siège de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).