Les dirigeants de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se sont retrouvés ce samedi à Abuja, la capitale du Nigeria, dans l’espoir de trouver une issue à la crise en Guinée. Depuis ce lundi macabre de fin septembre, rien ne va plus en Guinée, ce qui est un euphémisme vu que, depuis des décennies dans ce pays, auquel la nature a presque tout donné, le peuple se paupérise chaque jour que Dieu fait, de par l’impéritie de ses premiers dirigeants.
De l’Etat concentrationnaire de Sékou Touré au régime « du laisser-aller » de Lansana Conté, la Guinée aura mis 50 ans à faire du surplace, sinon à reculer. Puis voilà qu’un papa Noël guinéen, du nom de Moussa Dadis Camara, vint et promit de balayer la maison et de s’éclipser pour laisser le fauteuil à celui qui aura recueilli l’onction populaire, pourvu qu’on lui trouve un point de chute, de préférence dans une organisation internationale.
Pris par les vertiges du pouvoir, le capitaine se parjura, ce qui est grave ; et comme un pathos ne vient jamais seul, voilà que, 9 mois après son accession au pouvoir, des civils aux mains nues, qui voulaient tout simplement jouir de leurs droits de citoyens, sont fauchés par des balles assassines dont les premiers responsables sont supposés être des proches du chef de l’Etat.
Ce massacre à huis clos a fait fondre comme neige au soleil la petite sympathie dont bénéficiait le patron de la junte, le CNDD. Et pour tout dire, le dialogue est rompu avec les forces vives guinéennes, qui regroupent les politiques, les syndicats et la société civile.
En réagissant presque au quart de tour à cette affaire guinéenne, la CEDEAO a rapidement pris la mesure de la gravité de la situation. Mieux, en remettant le retour à l’accalmie politico-sociale dans ce pays entre les mains de Blaise Compaoré, l’organisation sous-régionale se donne de réelles chances de parvenir à un modus vivendi.
Certes, comme l’a laissé entendre le Premier ministre guinéen, Kabiné Komara, la « réussite de la médiation dépend moins du talent du médiateur que de la volonté des parties de s’entendre ». N’empêche, la CEDEAO, au vu de la réalité du terrain, a voulu mandater un homme dont les précédents dans les cas togolais et ivoiriens font école.
Alors même que Conakry et d’autres villes telles Labé et Kankan étaient paralysées hier par des opérations « villes mortes », lancées par les Forces vives, les chefs de la diplomatie de la CEDEAO rencontraient les protagonistes de la crise à Abuja. Une démonstration de force pour signifier à l’adversaire ce dont on est capable, ça pèse toujours dans les négociations au Nigeria.
Un sommet pour rien, diront certains, tant, pour le moment, les positions, maximalistes, augurent l’échec de tout rapprochement. Mais, à vrai dire, ni le CNDD ni les ouailles de Mouctar Diallo, encore moins les partisans des leaders politiques n’ont d’autre choix que de reprendre langue, comme l’a, du reste, fait comprendre en substance le facilitateur le 5 octobre dernier lors de sa visite de prise de contact à Conakry.
Ce raout des diplomates à Abuja s’apparente aux derniers réglages avant les face-à-face de Ouagadougou. Mais les vraies hypothèques (transition apaisée, présidentielle, candidature de Dadis…), ce sera bien dans la capitale burkinabè et pas ailleurs qu’il faudra les lever.
Et si les ministres des Affaires étrangères obtenaient de ces frères ennemis qu’ils acceptent de venir au Faso sans conditions, ce serait déjà ôter un petit caillou du pied de Blaise, qui pourrait alors entamer sa mission de police de la palabre guinéenne.
Venu au pouvoir à la faveur de la mort du Général Lansana Conté, le capitaine Dadis Camara avait suscité un espoir pour bien de ses concitoyens par des mesures populaires et un discours révolutionnaire.
Ses déplacements à l’intérieur du pays drainaient toujours des foules immenses, qui scandaient à tête-tue “Dadis, Dadis”. C’est ce qui a sans doute donné corps à l’idée de sa candidature à l’élection présidentielle de janvier prochain. Il a ainsi succombé aux virus du pouvoir quitte à se parjurer. N’est-il pas sur le point, si on ne l’en empêche, de fouler aux pieds sa promesse d’organiser la transition et de se retirer tranquillement du pouvoir après une élection qui consacrera l’arrivée, au sommet de l’Etat, d’un civil ?
Sans chercher à le diaboliser on ne pourra jamais lui pardonner le massacre de 150 civils désarmés et pris en souricière dans un stade qui porte le nom d’une date historique pour la Guinée et toute l’Afrique francophone, celle du 28 septembre. S’il y a 51 ans de cela Sékou Touré, au grand bonheur de notre continent, a eu le courage de relever le défi du fameux référendum proposé par De Gaule, le 28 septembre dernier, l’armée guinéenne ou ce qui en tenait lieu a fait la honte de nous tous.
La communauté internationale, dans toute sa diversité, s’en est en tout cas fortement émue et indignée. Pour une fois, elle ne se sera pas montré avare en pression pour faire rendre gorge à la junte. Bien avant le massacre du 28-Septembre, l’Union africaine avait annoncé la couleur à travers son ultimatum acculant le capitaine Dadis à s’engager par écrit avant le 17 octobre à ne pas faire acte de candidature.
Mieux, réunis dans la capitale nigérienne, les ministres des Affaires étrangères de la CEDEAO, en présence du Groupe de contact, ont purement et simplement demandé sinon exigé, lundi dernier, le départ de l’imprévisible capitaine de Conakry. Sans s’embarrasser des formules diplomatiques, le président de la Commission de cette instance, Mohamed Ibn Chambas, n’a pas manqué de dénoncer “une militarisation de la Guinée, caractérisée par l’usage arbitraire et irresponsable du pouvoir”, avant de poursuivre ainsi : “Si cette junte passe de force, elle va imposer une nouvelle dictature (…), la CEDEAO et la communauté internationale sont aux côtés du peuple guinéen”.
L’étau se resserre donc sur Dadis, au risque, bien sûr, de pousser le caractériel pathologique à radicaliser sa position. Loin donc de baliser le chemin pour Blaise, contrairement à ce que nous titrions le 13 octobre, cette fermeté de la CEDEAO va exiger du Médiateur beaucoup plus de doigté. Il est vrai qu’au Togo comme en Côte d’Ivoire, il nous a abondamment donné les preuves de son talent de médiateur, mais sa mission en Guinée pourrait être une autre paire de manches.
Les leaders ouest-africains ont convenu de se réunir samedi, à Abuja, au Nigeria, sur les tensions politiques en Guinée. Ce même jour, l’Union africaine doit discuter de possibles sanctions ocntre la junte au pouvoir à Conakry.
A l’issue de sa réunion à Abuja, le Groupe international de contact sur la Guinée (GIC-G) a fermement condamné la sanglante répression de la manifestation du 28 septembre à Conakry. Il a exigé la libération immédiate de toutes les personnes détenues en rapport avec ces incidents ainsi que la restitution des corps de victimes à leurs familles.
En plus de la mise en place d’une Commission Internationale d’enquête pour faire toute la lumière sur les graves exaction du 28 septembre 2009, le GIC-G demande que les auteurs des ces actes soient traduits devant les juridictions guinéennes compétentes ou la Cour Pénale Internationale.
Le communiqué du Groupe international de contact sur la Guinée a appelé les partenaires à préparer les mécanismes appropriés de sanctions individuelles qui seront prises contre les responsables identifiés. Le Groupe a appelé le chef de la junte guinéenne, le capitaine Moussa Dadis Camara, à formaliser avant le 17 octobre l’engagement selon lequel ni lui-même, ni les autres membres du CNDD ou le Premier Ministre,ne se présenteront à l’élection présidentielle.
« A certains points, ils n’ont pas tenu compte de la pertinence des arguments avancés par la délégation du CNDD et le gouvernement pour se focaliser sur la candidature ou la non candidature du président Dadis », a expliqué le chef de la diplomatie guinéenne, Alexande Cece Loua. Pour M. Loua, ce débat « prématuré (…) dans la mesure où aucun instrument juridique n’est mis en pied pour définir les conditions de présentations des candidatures aux élections présidentielles. »
Toutefois, le gouvernement compte répondre à l’ultimatum du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, a assuré Alexandre Cece Loua.
Abdou Karim Sawadogo, Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana, l’Observateur