La pandémie de grippe A (H1N1) a fait une première victime en Martinique. Il s’agit d’un bébé de 18 mois atteint de la grippe A et qui présentait une « pathologie congénitale lourde ».
La Martinique déplore sa première perte humaine dans la bataille contre la pandémie de grippe A (H1N1). Le bébé de 18 mois est décédé jeudi après une semaine d’hospitalisation au CHU de Fort-de-France en Martinique. est décédé jeudi des suites de la grippe A (H1N1), a annoncé ce vendredi la préfecture de Région. Le communiqué de la préfecture dit que la Direction sanitaire et du développement social (DSDS) a appris ce vendredi que le décès de ce nourrisson à la Maison de la Femme, de la Mère et de l’Enfant au CHU de Fort-de-France est « lié au virus A (H1N1) » .
Les analyses biologiques ont confirmé que le bébé était porteur du virus de la grippe A/(H1N1) et que « l’enfant est décédé des suites d’une pneumopathie grippale ». Si la responsabilité du virus grippal dans le décès de cet enfant est confirmée, les autorités sanitaires n’ont pas manqué de souligner que le bébé « présentait déjà une pathologie congénitale lourde ».
La surveillance des flambées de la grippe pandémique H1N1 2009, dans différentes régions du monde, a fournit des informations permettant de tirer des conclusions provisoires sur l’évolution probable de la pandémie au cours des prochains mois.
1. Les pays de l’hémisphère Nord subiront très probablement une seconde vague de propagation pandémique à l’hiver prochain. Les pays des régions tropicales, où le virus pandémique est arrivé plus tard, subiront également une augmentation du nombre des cas.
2. Les pays dans les régions tempérés de l’hémisphère Sud, le pic de la pandémie a été dépassé au niveau national mais des foyers localisés de transmission accrue peuvent persister ou apparaître.
3. le virus pandémique H1N1 est rapidement devenu la souche grippale dominante dans la plupart des régions du monde, il continuera de se transmettre dans les populations susceptibles dans les prochains mois.
4. Jusqu’à ce jour les souches identifiées dans toutes les flambées sont pratiquement identiques, il n’a pas été détecté de signes de mutation vers une forme plus virulente ou plus mortelle.
5. Le tableau clinique de la grippe pandémique est sensiblement identique dans tous les pays. Il consiste dans l’immense majorité, en une maladie bénigne. Bien que des formes graves, voire mortelles, puissent s’observer même chez des jeunes en bonne santé, mais en nombres qui restent faibles.
6. Vu le très grand nombre de personnes susceptibles à l’infection dans tous les pays, même avec le tableau clinique bénin actuel, la pandémie pourrait avoir un impact plus grave au cours de la seconde vague, en raison d’un plus grand nombre de cas.
7. Le problème le plus urgent auquel les services de santé risquent d’être confrontés sera l’impossibilité d’admettre les nombreux cas sévères en soins intensifs. Au cours de l’hiver austral, plusieurs pays ont constaté que les besoins en soins intensifs ont été la plus lourde charge à assumer par leurs services de santé. Dans certaines régions, la proportion des cas hospitalisés devant être mis en soins intensifs a atteint près de 15%. Les mesures de préparation doivent anticiper cette demande accrue sur les unités de soins intensifs qui, autrement, risquent d’être submergées par le brusque afflux d’un grand nombre de cas graves.
8. Jusqu’à présent, il n’a été détecté à l’échelle mondiale que quelques virus pandémiques résistants à l’oseltamivir, malgré l’administration de millions de traitements antiviraux. Il n’a pas été documenté à ce jour de transmissions ultérieures de ces virus pharmaco résistants.
9. La grippe pandémique est différente de la grippe saisonnière : Les données actuelles montrent des différences importantes entre le tableau clinique signalé pour la grippe pandémique et celui de la grippe saisonnière habituelle.
La plus grande différence entre les deux grippes consiste dans la différence dans les tranches d’âge atteintes et celles qui subissent les formes graves ou mortelles. Alors que la grippe saisonnière affecte les plus de 65 ans, chez qui elle donne 90% de ses formes graves ou mortelles. La grippe de pandémie affecte en général des groupes d’âge plus jeunes. Cela est aussi vrai pour ceux qui présentent des atteintes graves ou mortelles : (Jusqu’à présent, les cas les plus graves et les décès ont concerné des adultes de moins de 50 ans alors que, chez les plus âgés, les décès sont relativement rares).
L’autre différence est que cette grippe pandémique donne une forme très grave de la maladie, qui se voit également chez des jeunes par ailleurs en bonne santé, de pneumonie virale où le virus infecte directement les poumons et entraîne une insuffisance respiratoire sévère, et qui est rarement observée avec la grippe saisonnière. Chez ces patients, la survie n’est obtenue qu’au prix de soins spécialisés très lourds, en unités de soins intensifs, nécessitant en général des hospitalisations longues et coûteuses.
Il a été mis en évidence pour ce virus, une augmentation du risque pendant la grossesse. Ce risque est aggravé par la prédilection du virus pour les sujets jeunes.
Certains états pathologiques accroissent le risque de maladie grave ou mortelle : pneumopathies, dont l’asthme en particulier, maladies cardiovasculaires, diabète et immunosuppression, sachant que ces affections sont devenues bien plus fréquentes au cours des dernières décennies (Selon l’OMS, il y aurait dans le monde plus de 230 millions d’asthmatiques et plus de 220 millions de diabétiques), et cet état des faits accroît d’autant le réservoir de sujets vulnérables. De même, l’obésité devenue très fréquente a été souvent constatée dans les cas graves et mortels. Tout accroissement futur de la mortalité au cours de l’asthme ou le diabète, notamment chez l’enfant ou le jeune adulte, devra être attribué à l’infection à virus H1N1 et sera peut être une autre des conséquences de la pandémie.
Plusieurs études ont montré un risque nettement plus élevé d’hospitalisations et de décès chez certains groupes particuliers de la population, notamment les minorités et les populations autochtones. Les raisons ne sont pas exactement connues mais les explications possibles pourraient en être, un niveau de vie plus faible et un état sanitaire général moins bon, avec une forte prévalence de maladies comme l’asthme, le diabète et l’hypertension.
10. Toutes ces observations auront probablement plus d’importance et plus de conséquences dans les pays en développement, où sévissent la pauvreté, de multiples problèmes de santé, et d’accès aux soins de base. Certaines perturbations qui ont été jusqu’à maintenant gérables dans les pays riches pourraient avoir des effets dévastateurs dans les pays en développement.
11. Depuis l’apparition du VIH/sida, cette pandémie de grippe 2009 est la première à survenir. Selon des observations réduites, la co-infection n’augmenterait pas le risque de maladie grave ou mortelle, chez les patients sous antirétroviraux. Dans la plupart des cas, l’infection à virus H1N1 a été bénigne et les malades se sont totalement remis. Si ces premières observations se confirment, elles sont rassurantes pour les pays où il y a une prévalence du VIH et où la couverture des traitements antirétroviraux est bonne. Selon les estimations actuelles, il y a dans le monde 33 millions de personnes vivant avec le VIH/sida dont environ 4 millions bénéficiaient fin 2008, selon l’OMS, d’un traitement antirétroviral.
Dr Mohamed Kouni CHAHED, Dr Noureddine Ben JEMAA et Dr Hédi ELBEZ – Monde Actu France